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19/10/2011

Index

 

Chapitres
0 Préface  
1 Une invitation particulière  
2 Le contrat  
3 Première affaire  
4 Une conférence à rebondissements  
5 Le repos de guerrier virtuel  
6 Pendant ce temps-là, ailleurs  
7 Voyage d'espionite  
8 Une rencontre du 3ème type  
9 Lundi, jour de paye  
10 Là haut, cela s'excite  
11 Garde à vue  
12 Le lendemain de veille  
13 Plan de bataille  
14 La voix de son maître montre la voie  
15 Une bombe à fragmentations

16 Dans l'ombre des extrêmes   
17 Retour aux sources  
18 Epilogue à épisodes   Fin

20:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

00-Préface

"Je déjeune en ligotant le baveux du morning. je fais du rififi en Suisse, je vous le dis. Trois colonnes à la une...", San-Antonio dans 'Au suivant de ces Messieurs'

Je déjeune en ligotant le baveux du morning. Je fais du rififi en Suisse, je vous le dis. Trois colonnesà la une

1.jpgCe soir-là, comme d'habitude, Éléphant Rose s'installa à son pupitre.

Son PC trônait devant lui en pièce maitresse. Il éclairait la pièce.

Il venait de toucher un petit pactole pour ses œuvres de bienfaisance ou de malfaisance. Client ou fournisseur, qui était qui? Là était toute la question. Persécuteur ou victime consentante.

Il repensait à reculons, à la veille, aux mois qui venaient de s'écouler. Tout avait changé dans sa vie et pourtant tout semblait identique.

Toute l'architecture de ses idées était sur papier, sur un organigramme, comme toujours. La seule différence, c'était qu'au lieu, d'y être gratuitement inscrit, tout avait pris de la valeur. Il ne lui restait plus qu'à passer à la phase « exécution ».

Mais il avait beaucoup à penser et cela enfumait ses neurones. Beaucoup trop en tête et ça s'y bousculait un peu. Avant de commencer, il aurait voulu se payer un peu de retours sur investissements avec sa logique toute particulière.

En très peu de temps, tout avait tellement changé dans sa vie.

Il revivait en mémoire ses jours de vaches enragées, de vaches maigres, pendant lesquels son seul souci, c'était de finir son mois sans être raide du côté portefeuille.

Il avait le sentiment d'être devenu un Judas moderne, un homme de main au service de la mafia.

En plus, s'il ne savait le "pourquoi" il travaillait, le "pour qui" l'inquiétait encore plus. Son éducation assez puritaine n'aurait pas dû le mener à ce qu'il était devenu.

Mais, ce qui l'entourait ne lui permettait pas d'avoir des remords. Un retour en arrière réel, il ne pouvait plus l'envisager. C'était trop tard. Faire marche arrière était suicidaire. Et puis il perdrait tellement de choses auxquelles il avait pris goût.

Monter dans la hiérarchie des gens qui gagnent bien leur vie est bien plus facile qu'en redescendre les échelons.

Pourtant, il savait que tout devait avoir une fin, mais, cette seule pensée, jusqu'ici, le faisait peur.

08:53 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

12/10/2011

01-Une invitation particulière

"Il faut se garder de trois fautes : parler sans y être invité, ce qui est impertinence ; ne pas parler quand on y est invité, ce qui est de la dissimulation ; parler sans observer les réactions de l'autre, ce qui est de l'aveuglement.", Confucius

1.jpgTout avait commencé trois mois plus tôt.

Avant cela, Luc Orisini avait été journaliste dans un petit journal local du Midi de la France. Il s'occupait de tout ce qui avait un lien direct avec Internet.

Jeune escogriffe, de 27 ans, il était resté, mentalement, à l'âge de l'adolescence.  En désaccord progressif avec son rédacteur en chef, il avait été viré. Et, dans le fond, pour être honnête, il briguait la place de son égérie et il n'était pas prêt de lui faire de cadeaux. Sa pratique du journalisme lié à Internet lui permettait d'espérer une augmentation de salaire mais de là à espérer une élévation dans la hiérarchie, il manquait quelques points. Pour son malheur, il avait seulement fait les frais de la bulle informatique avec effet retard. La rationalisation voulue ne permettait plus le prix de la duplicité des idées. Quant à ces contestations, cela lui faisait une belle jambe vis-à-vis de son chef hiérarchique.

A la suite d'une altercation, il avait demandé sa mutation. Elle lui avait été refusée. Dès lors, il ne fit plus longtemps long feu au journal. Difficile à dire, si c'est le journal ou lui-même qui avait mis fin au contrat qui les liait. Il se sentait être arrivé à écrire des articles trop dirigés, trop contrôlés qui ne lui donnaient plus, à son goût, le sens de la découverte. Pour résumer, avec son imagination débordante, il n'acceptait plus les contraintes.

Il s'était retrouvé ensuite au chômage. Cela faisait déjà quelques trois mois que cette situation l'entravait.

Il gardait toujours une valeur marchande, mais elle était trop spécialisée. La politique, le sport ne l'intéressaient pas assez pour l'orienter vers d'autres horizons du journalisme en général.

Pas toujours affable avec tout le monde, il faut bien le dire. Il était irascible et devenait carrément colérique dès que selon lui, les choses n'allaient pas dans le sens qu'il pensait, quelles devaient aller. Son travail de recherche l'avait écarté des autres, l'avait aussi rendu quelque peu asocial pour participer dans le noyaux d'une équipe. Pas méchant, seulement trop aguerri lors des rencontres virtuelles, souvent plus dures que dans le réel.

Son job l'avait trop plombé sur le web. Il y passait son temps de jour, professionnellement et de nuit, par addiction, comme un drogués de médicaments. Quatre heures de sommeil lui suffisait.

Au bureau, personne ne connaissait son emploi du temps nocturne.

Du côté sentimental, il avait bien eu quelques aventures féminines, mais elles restèrent toujours sans lendemain. La dernière s'était achevée dès qu'il avait perdu son emploi. Cette perte n'avait été que le catalyseur à sa séparation. La raison plus intime était, probablement, les disputes au sujet du trop peu de temps consacré pour occuper les loisirs de sa compagne par rapport à celui, accordé à son PC. En réponse à tous ceux qui lui montrait son erreur, il répondait: "dormir est du temps perdu". Vers 2 ou 3 heures du matin, il s'affalait de sommeil et c'était d'un sommeil sans failles. Il récupérait, ainsi, plus rapidement que d'autres qui, eux, se payaient leurs huit heures de sommeil. Que de crises avec sa compagne sur ce thème!

Depuis, seul, il avait quitté la ville pour le petit village dans les hautes terres du Midi méditerranéen, Peille, où le silence, la sérénité lui avaient apporté un réel plus. Habitation, moins chère, aussi, alors, qu'il ne bénéficiait plus que des allocations de chômage. Le reste de ses économies avait fondu comme neige au soleil, même si le mot "neige" était assez étrange par ici.

C'était aussi un retour aux sources. Né dans les environs, il gardait, pour le rappeler, un accent terrible du terroir.

Quelques fois, il avait bien postulé un nouveau job. Mais, trop exigeant, rien ne lui bottait. Il avait commencé à végéter, à se considérer inapte aux besoins du journalisme et à se sentir bien dans sa médiocrité.

Le pittoresque village de Peille était vraiment un nid d'aigle dans l'arrière pays. Au 12ème siècle, c'était une ville prestigieuse. Peille avait été le siège des Comtes de Provence, avec le surnom de "Consulat de Peille" et une juridiction qui s'étendait sur toute la région.

Aujourd'hui, c'était plus un village endormi, en pleine nature que les touristes visitaient en été et qui s'endormait pendant les autres mois, perdu dans les brumes froides de l'hiver. Des forêts à perte de vue, quelques cultures vivrières étagées en terrasse et des maisons greffées sur les pentes. Les habitants se cachaient du soleil, derrière les maisons, en haute saison, pour échapper à l'invasion des touristes ou pour se protéger des froidures de l'hiver.

Un enchevêtrement de ruelles étroites, auréolées d'arcades réunissaient les façades des maisons comme si elles avaient besoin de ce soutien, de crainte de s'effondrer. Une boulangerie, deux bistrots, une boucherie, une fontaine, une église et une mairie avec la poste constituaient les commerces, administrations de base. C'était à peu près tout ce qu'on pouvait y découvrir sur ces lieux historiques que des images d'époque rappelaient sur les murs. Un seul médecin de campagne dans une belle maison à quelques kilomètres pour tout secours. En cas d'accident, seul un hélicoptère du SAMU aurait pu secourir les habitants, tellement la route était sinueuse et trop lente pour y accéder dans un temps raisonnable.

Luc habitait, dans une petite ruelle étroite, un petit deux pièces, totalement défraîchi qui ne payait pas de mine de l'extérieur et sans vue vers le magnifique panorama sur la vallée et la mer. Autour de lui, il y avait un véritable capharnaüm de pièces électroniques et de piles de disques laser qui se mixaient dans un environnement de casseroles et d'appareils de cuisine.

Dans le village, beaucoup de vieux. Quelques jeunes, souvent artistes, qui y avaient élu domicile pour capter les paysages sur leurs toiles et échapper aux troubles stressants des grandes villes de la côte.

Les contacts entre générations se passaient dans une entente cordiale comme c'est souvent le cas en montagne. Chaque génération y trouvait, d'ailleurs, son avantage.

Solitaire sans être, pour autant, ermite, il déambulait très rarement dans les rues. Le petit magasin, près de chez lui, lui fournissait tout ce qu'il désirait. Un mot anodin sur le prix des légumes, par ci, une remarque banale sur le temps, par là, c'était, à peu près, toutes les relations orales qu'il entretenait avec les gens du monde réel. Intégration partielle mais voulue ainsi, dirait-on.

Le magnifique paysage de campagne qui l'entourait, il avait eu le temps de l'observer pendant un temps. Trop de temps, peut-être. Il ne le remarquait plus. Le paysage, c'est bon pour les touristes, se répétait-il.

Il était greffé sur des tâches plus intellectuelles, plus intérieures, devant la surface rectangulaire et encore plus réduite, d'un écran plat.

Quand il faisait trop chaud, au dehors, pour échapper aux ardeurs du soleil estival, sa fenêtre ne laissait plus passer qu'une lumière tamisée au travers de volets baissés. Il se retrouvait ainsi sur l'écran noir de ses nuits blanches, comme il le pensait, en souriant, à la chanson de Nougaro.

Sur le web, il imposait sa marque, son influence. Rebelle, il y était passé maître. «Hoax maker» comme il se définissait pour résister au monde réel, qui acceptait trop les "gros tuyaux" et négligeait la simplicité de ceux que certains considéraient comme "minables", dans le milieu des masses laborieuses.

De l'époque journalistique, il avait récupéré beaucoup de copains virtuels. C'était devenu sa famille de copains avec lesquels, il s'amusait. Avec les autres, les bleus, les "gros poissons", les quelques ennemis, il jubilait, rien qu'en les harcelant ou les taquinant sans amertume et sans vergogne.

Les jeux de réparties se suivaient dans une joute de mots sans fin, dans lesquels il excellait.

Joueur, troll, dans le monde dit "numérique" sans être un réel hacker. Plus par jeu que par malversation volontaire. Tout pour garder ses neurones actifs.

Ses commentaires étaient croustillants, piquants ou complètement déjantés. Valait mieux avoir Luc à la bonne que de l'avoir comme fouille merde contre soi. Ses victimes se retrouvaient dans les pudibonderies et le pédantisme. Ses "sucres d'orge" préférés, dans le domaine, il les captaient parmi ceux qui se sentaient obligés d'être complexes pour être apprécié. Les ridiculiser était sa passion, la plus intime. Il agaçait, désarçonnait les allergiques aux bons mots simples, par ses allégories, son cynisme froid et son humour débridé. Le dernier mot était pour lui. Il faisait rire et grincer des dents dans le même temps en fonction de l'interlocuteur.

Il aimait la liberté de paroles par dessus tout. Sa seule peur était d'être caricaturé, d'être trop cerné dans ses habitudes.

Pendant la nuit, c'était avec les Américains qu'il poursuivait ses pérégrinations sur la Toile. Parfaitement bilingue, anglais et français, il n'éprouvait aucune difficulté à s'infiltrer parmi eux. Cela remettait les aiguilles de l'horloge mondiale à l'heure que d'avoir plus qu'un seul écho en provenance de pays francophones. De plus, d'origine italienne, il parlait italien et avait de bonnes connaissances de l'allemand.

Internet était une arène dans laquelle, tout était quasiment permis. On ne s'y faisait pas de cadeaux qu'entre vrais copains bien identifiés. Les Hadopi et consorts, lui faisaient sourire. L’État n'avait qu'à bien se ternir dans sa position dominante.

Après coup, il était souvent étonné de lui-même par son audace, par son manque de tendresse affichée. Audace qui le faisait friser, immanquablement, les retours de flammes en justice. Heureusement, dans ce monde virtuel, tout retombait très vite, en désuétude, plaintes sans suites, malgré les menaces et les lois en place.

De bonne famille, mais n'ayant plus de contacts familiaux, il n'en menait pas large du côté des rentrées financières. Pour tout dire, les fins de mois étaient difficiles et il fallait s'organiser.

Le web ne lui procurait aucun revenu, tout en pompant son temps plus qu'il n'est permis par ses propres règles d'autorégulation.

Des adresses pour ses courriels, il en comptait allègrement une dizaine actives, plus fantaisistes les unes que les autres. D'autres étaient déjà mortes de leur belle mort, brûlées à jamais.

Il mangeait peu, buvait beaucoup et fumait du tabac, un peu trop. Il était devenu l'ombre de lui-même avec une barbe hirsute, souvent proéminente. Si son modeste logis ne payait pas de mine, comme il ne recevait personne, il s'en foutait royalement.

De vrais amis en dur, il n'en comptait plus beaucoup sinon, dans le village, quelques voisins qui l'aidaient à vivre. Le téléphone le reliait encore à quelques relations de son ancienne compagne.

Dans le fond, il n'en espérait guère plus, de la vie. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, pourrait-il ajouter.

Cela c'était avant. Jusqu'à ce jour où sur l'une de ses adresses email arriva un message, tout à fait anonyme, anodin même, qui disait:

« Cher Monsieur,

Cela fait un temps que nous avons pris connaissance de vos dons de commentateur et de rédacteur, sceptique et assez vindicatif.

Le fait que vous restiez dans l'ombre et ne faites aucun lien avec vous même dans vos écrits, que vous ne restiez jamais en place derrière un personnage, nous intéresse.

Relier tout vos pseudonymes, remontez jusqu'à vous, n'a pas été très simple. Nous ne savons d'ailleurs pas si vous lirez ces lignes avec une de vos adresses emails qui devrait, normalement, suivre votre personne.

Nous supposons que vous pourriez être intéressé par un travail dans lequel vous excellez. Bien payé, avec un budget de frais de déplacements et autres, illimité.

Si vous êtes tenté par ce job, répondez simplement dans les trois jours à l'adresse de cet email.

Après les trois jours, cette adresse n'existera plus.

Dans l'attente impatiente de vos nouvelles et d'une réponse positive ou négative, nous restons vos obligés.

Veuillez agréer, Cher Monsieur, l'expression de nos meilleures salutations ».

20:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

05/10/2011

02-Le contrat

"Les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n'ont rien.", Jean-Jacques Rousseau dans "Contrat social"

1.jpgUn courriel comme il venait de recevoir, Luc s'en méfiait d'habitude.

Aucune signature. Une adresse impersonnelle "ygh654.com" qui ne donnait aucun indice sur la provenance. Pas de portrait-robot d'un personnage ou d'une organisation à se dessiner, ne fut-ce qu'en rêve. Comment ce message n'était-il pas passer par la voie normale des spams?

Ce n'était pas l'offre bidon qui propose de gagner un million de dollars en réceptionnant une somme d'argent à partir d'un pays africain, pour en espérer un pourcentage, à condition de payer quelques frais de dossier avant de commencer. Trop connue, celle-là.

Non, cette fois, il y avait un travail à accomplir. L'inactivité lui pesait depuis quelques temps. De plus, un travail qui apparemment correspondait avec son hobby, c'était vraiment tentant, excitant, cet appât-là.

En plus, il y avait ce petit arrière-goût de triomphe, d'orgueil qui s'en détachait:

« J'ai encore vraiment une valeur marchande. »

Cela faisait quelques pleines lunes qu'il n'avait plus postulé pour obtenir un nouvel emploi. Choux blanc sur toute la ligne... Jeune, Luc convenait qu'il n'avait pas des dizaines d'années d'expériences, au compteur. En dehors d'un diplôme en journalisme et une connaissance ancienne de graphisme sur ordinateur, ses expériences s'arrêtaient là, sur la place des "grands hommes du monde du travail". Souvent, il fulminait de rage d'avoir raté quelques marches.

Cette fois, il était proposé des voyages. Des voyages, il n'en avait plus réalisés depuis une décennie. Un budget illimité pour ses extras... Tout paraissait tellement enchanteur.

Un délais de trois jours précisés avant de décider de s'embarquer dans l'aventure. Cela permettait, au moins, de se forger une opinion sur quelques risques et de réfléchir jusqu'où aller trop loin. Chercher sur Internet, s'il n'y avait pas anguilles sous roche.

Prudence, donc. Luc n'était pas con.

Où était le piège? Pourquoi investissaient-ils tant d'argent dans sa personne alors qu'il prodiguait le "package" de son savoir, gratuitement? Il devait y avoir un lézard quelque part. Foi de Luc Orsini.

Luc évitait d'y penser trop. Il continua à contribuer à ses forums habituels, tout en cherchant ce qui pouvait avoir pu générer l'engouement d'un investisseur anonyme. La proposition revenait, insidieusement, dans ses pensés et entravait son élan habituel.

Le 3ème jour arriva. La décision devenait de plus en plus stressante.

Que risquait-il ?

Peu de choses à craindre, en fait. Si cela tournait à l'aigre, il pouvait prendre la tangente et sortir de l'impasse comme il avait toujours fait quand cela devenait trop chaud, c'en serait fini. "Game is over".

Dans l'après-midi, il avait pris sa décision. Sa réponse au mail fut « Ok, j'attends plus d'explications ».

Dès que le bip sonore du PC annonça l'arrivée d'un nouveau courrier en provenance de l'adresse, Luc, intrigué, ne put s'empêcher de stopper toute activité.

« Cher Monsieur,

Merci pour votre réponse. Nous sommes une organisation de niveau international. Nous travaillons pour des intérêts en commun avec quelques entreprises privées. Ces entreprises n'apprécient pas toujours la publicité mensongère qui se cache derrière les forums dit "citoyens". Les blogs entachent leur image de marque. La socialisation à outrance, n'est pas non plus, ce que nos clients apprécient. Nous tâchons avec nos clients d'enrayer ces débordements.

Vu vos antécédents sur la Toile, vous correspondez au profil type de l'internaute capable d'enrayer ces envies révolutionnaires. Le travail que nous vous proposons est d'envoyer à vos «nouvelles victimes» quelques fausses informations, inédites, mélangées à de vraies, pour les décréditer et les déstabiliser. Ces informations seront, pour la plupart, transmises par nos propres soins mais, pour le reste, vous garderez carte blanche en respectant la stratégie globale de notre action. La marche à suivre, c'est vous qui en prendrez l'initiative.

Pour marquer notre bonne foi, donnez-nous une adresse postale pour vous faire parvenir une carte de crédit. Vous pourrez, ainsi, puiser une avance sur frais.

N'essayez pas de nous joindre. Le contrat arriverait à son terme dès que vous ou nous ne respecteraient pas le contrat ou que vous seriez découvert dans vos intentions.

Dans ce cas, nous ne nous connaissons plus.

La reconduction de ce contrat, sera tacite, de semaine en semaine. La résiliation de ce contrat serait effective dès le premier désaccord.

La carte de crédit vous sera utile pour tous les faux frais.

Chaque lundi, vous recevrez un mandat de 2000 euros à votre nom.

Cette somme sera revue en fonction de vos réussites.

Si vous n'êtes pas d'accord, contactez-nous, dans la journée, par la même voie. Sinon, le contrat sera considéré comme conclu.

Nous avons déjà une affaire à vous proposer.

Bien à vous. ».

Perplexe, Luc lut, par trois fois, les lignes de ce message.

Ainsi, sans rien faire de bien extraordinaire, le job lui était acquis. Pas vraiment un RMI mais un équivalent par les temps qui courent.

Pas de CV à remplir. Pas de mise de fonds personnelles. Pas d'obligation de se vendre, de baisser son pantalon devant le premier chef venu qui aurait ses fesses vissées sur son siège. Pas de sous-chefs, plus catholiques que le Pape.

Ce job, pour résumer, demandait tout ce dont il avait l'habitude d'apporter gratuitement. Un contrat de «Hoax manager», ferme, cela ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval. Il fallait seulement ne pas avoir un excès d'humanisme, de socialisme ou de compassion. Il pensa répondre en demandant plus d'informations sur le genre de travail. Mais à quoi bon? C'était clair, la droite était à bord.

Ce qu'ils voulaient c'est faire mouche avec un humour féroce dans un gant de velours satiné... un job taillé sur mesure pour Luc. En apparence.

2000 euros, pour commencer, un pactole qu'il ne pouvait refuser quand il gagnait à peine une allocation de chômage minimalisée au vu de son manque d'empressement à travailler dans une domaine qui ne lui botterait pas. 

Le contrat fut conclu, de facto, avec un groupe du type "Anonymous", mais qui pourrait s'appeler, cette fois, "Suomynona", sans apporter plus de précisions sur les objectifs.

Était-ce un pacte avec le Diable et devenir un de ses adeptes? Luc n'avait plus ni les atouts, ni les ressorts pour faire ressortir ses bons sentiments. Quant à son âme, elle avait déjà pris la tangente... 

"Alea jacta est", dirait-on normalement dans cette langue du passé.

"The show must go on", dirait Luc dans un langage plus actuel.

20:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)