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29/06/2011

16-Dans l'ombre des extrêmes

« Les extrêmes marquent la frontière au-delà de laquelle la vie prend fin, et la passion de l'extrémisme, en art comme en politique, est désir déguisé de mort. », Milan Kundera dans l'Insoutenable légèreté de l'âme

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Quelque part à Amsterdam, dans un appartement luxueux. Jan Van Koel réfléchissait en regardant sur les canaux par la fenêtre. La situation n'était pas claire. Si à Bruxelles, tous s'était bien passé comme il le désirait, à Paris, cela avait quelque peu foiré.

Deux affaires réglées, alors qu'il était planifié d'en passer le double dans la même journée.

La police avait désormais une foule d'indices. Trop d'indices.

Éléphant Rose l'avait, en plus, contrarié dans ses plans. Il ne se rappelait que du premier pseudo utilisé par Luc. Derrière ce pseudo, celui-ci avait pris trop de liberté qui ne plaisait pas à Jan, son commanditaire, son sponsor comme il aimait le penser. Son intuition maladive, presque féminine, son scepticisme l'avaient mis dans le désarrois. Il faut dire qu'il avait quelques lunes à son actif.

Depuis qu'il avait reçu le dernier rapport de Marika, le doute s'était installé dans son esprit. Ce rapport était toujours très détaillé, presque heure par heure. Toutes les circonvolutions de Luc y étaient mentionnées.

Son plan devait se faire dans la discrétion, en crescendo et sans fanfares ni trompettes jusqu'au moment opportun. Pas de publicité, ni d'interfaces malheureux.

La docilité vis-à-vis du "système" était la seule manière d'envisager sa réussite. Jan l'avait créé et l'avait imposé à tous ses membres. Ses membres auxiliaires n’étaient évidemment pas dans le coup.

Il se rappelait du choix de Luc comme auxiliaire. Il avait été contre ce choix, mais avait dû se résigner aux arguments et aux résultats des votes des autres membres, pris à main levée lors d'une réunion.

L'organisation n'avait pas été compromise, mais il fallait prendre plus de précautions.

Jan aimait les gens qui agissent au doigt et à l’œil, sans réfléchir, comme il l’avait fait dans sa jeunesse, à l'armée.

Pas d'actes gratuits qui sortaient de la stratégie. Seulement des actes à valeur ajoutée pour l'organisation.

C'est alors, que le téléphone sonna.

-Vic De Storm, à l'appareil. Êtes-vous au courant qu’Éléphant Rose avait siphonné son compte? Vous n'avez pas, vous-même, soldé son compte, tout de même?

Vic était le trésorier du groupe. Jan restait la patron. Il avait apporté la plus grande cotisation et le projet. L'argent, pour lui, n'était pas le problème.

Le fait que Luc ait pu vider le compte ne l'inquiétait pas, mais c'était l'action, elle-même, qui le gênait.

Jan avait fait fortune plusieurs fois. Dans le pétrole d'abord, quand le pétrole se raréfiait et que les prix étaient à la hausse, alors qu'il avait fait son marché à une époque où le commun des mortels estimait que les prix de cet or noir végétaient au raz des pâquerettes. Ce fut les métaux, ensuite. Ceux qui devenaient rares et qui servaient à toutes les occasions dans la production des gadgets de l'électronique. Chacun avait apporté l'effet de levier à sa fortune. D'une famille d'afrikaners, l'Afrique du Sud avait été son champ de bataille préféré pendant la période de l'apartheid. Il était imbattable sur les cours des matières premières. Les cours de sociétés ne l'intéressaient pas. Sa dernière trouvaille était l'or.

Acheter la rumeur et vendre le produit fini, c'était sa stratégie fondamentale. Sortir des marchés dès que ceux-ci présentaient les premiers accès de faiblesses pour se relancer dans un autre créneau que personne n'avait encore décelé auparavant, représentait toute sa stratégie financière et commerciale. En fin psychologue, il avait l'aide de son intuition, son arme de persuasion personnel, comme il le disait.

Sans rien faire, rien qu'avec des placements judicieux, il pouvait reconstituer n'importe quel trou sans entamer le capital. Enfin, capital, dans son cas était un grand mot. Il était réparti dans beaucoup de pays et dans beaucoup de domaines. Alors, l'argent cannibalisé par Luc, il n'en ferait aucun drame en temps normal.

Le problème, il n'était pas dans un état normal. Politiquement, il rongeait son frein. Un coup d’État, il le savait, ne se crée plus par la force dans un pays, dit civilisé. Ce sera, donc, aux élections qu'il devait trouvé une entrée en politique dès que les marrons y seraient devenus assez chauds pour qu'il se propose de sortir de l'ombre.

Il ne "roulait" pour personne sinon pour lui-même et cela depuis longtemps. L'extrême gauche, l'extrême droite qui avait pris quelques échelons dans son pays ne l'émouvait pas outre mesure. Il ne faisait partie d'aucun parti politique sinon le sien qu'il tenait sous le manteau. Liquider ses ennemis et pousser les amis, vers le faux pas, au besoin quand ceux-ci prenaient trop la tangente. "Éliminer", pour suivre une vieille pub d'eau gazeuse, qu'il adoptait en visant la seule phase finale.

Jan avait l'âge de la retraite dans une autre vie active plus "standard". Des cheveux argentés avaient remplacé des blonds, du plus bel effet. Amis, plutôt qu'ennemis, son sourire malicieux ne dépareillait pas à son allure et lui donnait un aspect de séducteur d'âge mûr.

Il avait créé son groupe dans une sorte de baroud d'honneur, sans lui coller d'étiquette. Son bouquet final était de fomenter un coup d’État par une suite d'actes qui mettraient la population en émois. Une fois que la machine avait été chauffée à blanc, il serait arrivé comme un sauveur avec les paroles de rédemptions comme un Messie de la politique.

Pourtant, Jan exécrait la démocratie. Trop lente à réagir aux événements. Trop lourde à son gré.

Il finit par répondre.

- Non, j'ignorais. A-t-il prévenu? A-t-il envie de nous fausser compagnie?

- Je ne comprends pas la manœuvre. Le rapport de Marika ne donnait pas l'impression que cela puisse arriver. Éléphant Rose vient de déménager pour s'installer plus confortablement mais sans changer d'horizon. Il est toujours à Peille. Je proposerais d'attendre avant de recapitaliser son compte comme seule manière de voir venir.

-Bonne idée. Tout à fait d'accord avec toi, Vic. Cela ne me dit rien qui vaille. Qu'est-ce qui lui a fait changé d'optique? Je propose qu'on en discute ce soir.

-D'accord. Je préviens les autres. A 20 heures, comme d'habitude.

Et il raccrocha.

Un quart d'heure après, autre coup de fil.

- Salut Jan. Nos affaires progressent bien, non? Les flics semblent patauger dans nos petites manœuvres parisiennes. Karin est parvenue à passer entre les mailles du filet. Pouvions-nous espérer meilleure opportunité?

Vu la voix ferme de Steph, Jan n'avait aucun besoin pour lui ajouter un nom. L'optimiste de service, comme il l'appelait.

- Écoute Steph, je sais que tu es l'optimiste de la bande, mais les policiers de Paris sont sur le qui-vive. Ils ne sont pas cons, du tout. Nous devons rester très prudents. Nos mercenaires restent des hommes avec leurs erreurs de stratégie surtout que cette fois, ils l'ignore et n'en connaissent pas les pourtours, ni les buts de notre action. Comme je l'ai proposé à Vic, nous devons nous réunir pour en discuter et décider en commun accord de ce que nous devons faire, tout en restant discret pour que les médias ne sentent pas l'oignon. Sinon, je ne réponds plus de rien.

A 20 heures, les cinq membres du club étaient réunis autour de la table ronde du salon de Jan. La table était d'ailleurs plus grande que le nombre de convives présents.

Celui-ci ouvrit la séance.

- Je vous ai donné rendez-vous pour parler "stratégie". Éléphant Rose, vous savez notre gars de Peille, nous donne quelques soucis. Il plonge dans la caisse. Il a vidé son enveloppe. Je ne sais ce que cela signifie. Il était chargé de servir de bouc-émissaire, de disjoncteur, dans le cas de problèmes majeurs. Il était bien payé pour le travail qu'on lui demandait, mais il était seulement prié de ne pas nous gêner dans notre action. Vic et moi avons déjà décidé de clôturer temporairement son compte en attente d'être mieux informés. Alors, je pose la question, gardons-nous la confiance vis-à-vis de lui. En résumé: stop ou encore?

Steph prit la parole.

-C'est moi qui l'ai fait entrer dans le jeu de quilles. Il avait des dons indéniables pour foutre la merde dans les réseaux sociaux d'Internet. Sans emploi. Vivant chichement, il était la victime rêvée. Que dit Marika de ses états de services? Elle qui suit l'affaire avec beaucoup de maîtrise.

-Elle est peu loquace, ces derniers temps, sur le sujet. Rien ne semble troubler la "fête", mais...

Il prit un pause et un autre interlocuteur pris la parole.

-Je propose qu'on lui tende une perche. Qu'on l'envoie à nouveau sur le terrain des opérations dans une autre mission. Avons-nous encore Karin sur le terrain. Elle connaît notre organisation et nos buts.

- Absolument. Oui, Karin est toujours à l'affût. Puis, si, cela foire vraiment, que Marika nous trompe dans la foulée, on envoie Karin pour les éliminer.

Point suivant...

La démocratie à cinq, c'est fou comme cela allait plus vite.

Et Dieu dans tout cela, pourrait se dire le religieux, perdu dans ses pensées et sa conscience.

Jésus Christ, lui, il avait eu douze apôtres avec un traître, parmi eux.

On n'allait pas réécrire l'histoire depuis la nuit des temps.

20:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Tiens tiens première incursion dans l'Oganisation. Intéressant. De gros enjeux, tels des pions sur un échiquier, se mettent en place.

Écrit par : Pierre R. Chantelois | 07/10/2011

Louis Blanc écrivait "L'homme qui s'adjuge, en vertu de sa supériorité intellectuelle, une plus large part de biens terrestres, perd le droit de maudire l'homme fort qui, aux époques de barbarie, asservissait le faible en vertu de sa supériorité physique."
dans "Organisation du travail".

Écrit par : L'enfoiré | 07/10/2011

Cher Guy
J'ai pris bonne note de tous les nouveaux et interessants tuyaux que tu nous a donnes dans ce chapitre et
nous attendons la suite afin de mieux comprendre tous les objectifs de la criminelle organisation secrete ,
les buts et les espoires de vos personnages , leurs actions , ainsi que le destin que tu a decide pour chacun d'entre eux.

Bonne continuation et bonne soiree
Nina

Écrit par : Nina Georgescu | 07/10/2011

Chère Nina,
Le dénouement est proche....

Écrit par : L'enfoiré | 11/10/2011

Les commentaires sont fermés.