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13/07/2011

14-La voix de son maître montre la voie

"La bête arrache le fouet au maître et se fouette elle-même pour devenir maître, et ne sait pas que ce n'est pas là qu'un fantasme produit par un nouveau noeud dans la lanière du maître.", Franz Kafka

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Luc, une fois rentré chez lui, étala la liasse de billets sur la table. Il ne se rappelait pas avoir vu autant de billets ensemble.

Personne ne contesterait son magot.

Il pensait déjà à comment l'utiliser. Le garer d'abord sur un compte. En ouvrir un, d'abord. Cela faisait un temps qu'il avait supprimé le compte qu'il détenait pendant sa vie active au journal. Les banques se font payer en frais et cela, Luc ne voulait plus dans sa vie précédente.

L'argent qu'il recevait ces derniers temps, changeait la donne, même si jusqu'ici, il avait été utilisé.

Il avait envie de raconter son aventure à quelqu'un. Marika avait été sa confidente en début de semaine. Une relation de confiance s'était installée entre eux. Il y avait même des affinités qui lui faisaient rêver. Une envie de parfaire cette relation.

Il prit quelques billets en poche et se rendit vers la taverne.

Elle était ouverte. Sa déception fut grande à la vue de Marcel. Sa maladie avait été de courte durée. Trop courte pour Luc.

- Comment va, Marcel? Il parait que tu as été malade.

- Oui, je ne sais où j'ai attrapé la crève. Je ne parvenais plus à respirer. Cela va mieux.

- Et ta remplaçante? Marika, elle ne vient plus?

- Elle t'a fait impression à ce que j'entends. Elle t'intéresse? Elle est gentille et mignonne, hein? Non, elle viendra ce soir. Ce sera probablement nécessaire en fin de semaine. Je l'ai engagé, il n'y a pas longtemps.

- Tu ne sais pas où elle habite?

- Filou. Mon impression était la bonne. Elle n'habite pas loin d'ici. Elle a un appart ou plutôt un kot, à 5 minutes d'ici, dans la ruelle Marignan. Attends, je dois avoir le numéro inscrit quelque part.

Marcel alla chercher son livre des comptes et d'engagements.

- C'est ici, 18... 18, ruelle Marignan.

- Ok. Merci pour l'info. Je viendrai ce soir ou demain.

Luc le quitta et comme il connaissait la ruelle en question, ne continua pas le dialogue.

Au travers de ruelles, de rues, de passerelles, d'escaliers, il se lança en contrebas du village avec plus d'agilité que d'habitude.

La ruelle Marignan apparu. Quelques pas plus loin, le 18, presqu'effacé, apparut sur une façade.

Pas de sonnette, une cloche seulement. Il tira sur la ficelle. Un volet s'ouvrit et Marika apparut.

- Quelques instants, je descends. dit-elle.

Les instants furent plus longs que Luc pouvait l'espérer. 

Une femme a toujours du rangement à faire avant de recevoir, se dit Luc.

Elle apparut enfin à la porte, avec un sourire, toutes dents dehors.

- Je ne m'attendais pas à avoir une visite. Veux-tu monter?

- Si tu me le permets. J'ai à te raconter mon aventure.

- Monte. C'est gentil de me rendre visite. Ne fais pas attention au désordre.

Luc la suivit. Le désordre, le mot rituel de la persécution féminine, se disait Luc. Si elle savait dans quel désordre, il avait vécu avant de la connaître.

Le kot qu'elle occupait, montrait une occupation qui, visiblement, était récente. Depuis très peu de temps et pour peu de temps. Deux paquets entrouverts dans un coin. Un autre, toujours bien ficelé. Tout restait prêt à être emporté très rapidement.

Pas d'hôtel dans le village, cela devait être la raison, se dit Luc.

Luc ne fit aucune remarque. Il s'assit et commença à lui raconter son aventure de la veille, sa nuit en cellule et tout le reste.

Elle l'écouta avec attention jusqu'au bout sans rien dire.

Quand il eut fini, elle se rapprocha de lui, câline.

- Mais tu reviens de l'enfer, mon Luc, fit-elle avec un sourire en coin.

Luc sentait qu'elle se foutait un peu de lui mais il n'avait pas envie de se quereller avec elle.

Bien au contraire, il voulait se voir consoler, se faire aimer, en plus... secrètement.

- Je peux te dire que je n'en menais pas large.

Marika lui plaisait depuis leur première rencontre et apparemment, elle n'était pas insensible.

Ni l'un, ni l'autre ne sut qui prit l'initiative. Ils se retrouvèrent d'abord les doigts enlacés. Ce furent le résultat de l'émotion vécue pour Luc et celle ressentie à la suite de cette histoire racontée et qui avait des relents d'histoire vécue par Marika. Ils se prirent dans les bras l'un de l'autre. Des baisers éperdus. Luc entraîna Marika vers ce qui semblait être sa couche, un grand divan-lit. Caresses, baisers se succédèrent de plus belle dans un rythme de plus en plus endiablé.

L'aller simple vers l'amour dont on ne s'intéresse pas du retour.

Leurs ébats ne s'arrêta que tard dans la soirée. Nus, ils se cherchaient les endroits les plus sensibles, les plus érogènes. Ils s'endormirent, repus de plaisirs partagés. Luc avait oublié sa vie dans l'ombre d'Internet. Les délices de la réalité existaient. Seul un rêve résiduel de la virtualité pouvait encore lui rappeler sa vie de solitude. Ce besoin qui avait fait partie de ses heures de délassements, n'effleurait plus ses envies. Marika avait comblé tout cela.

Quand Luc se réveilla, le soleil inondait déjà la pièce. Son premier réflexe fut de rechercher la caresse, de tâter l'autre moitié du lit.

La couche était encore chaude. Les plis du drap reflétaient encore les retombées de leur soirée, mais la place était désespérément vide. Marika lui manquait déjà.

L'amour avait rempli quelques interstices vides de sa vie. Il se sentait vouloir vivre d'autres épisodes au grand air. Une vie qui lui avait échappé jusqu'ici et il avait envie de tourner la page précédente définitivement.

Il sentit le fumet du café en provenance de la pièce voisine, mais aucun autre bruit ne s'en échappait.

Après quelques étirements, Luc se sentait plus fort que jamais. Le soleil perçait les rideaux.

Sorti du lit, il se dirigea vers la cuisine en suivant le fumet du café. Le percolateur était branché et tenait le café au chaud. Pas de Marika à l'horizon.

C'est alors qu'il vit une enveloppe sur la table avec ces mots « Cher Luc ».

L'inquiétude lui glaça le sang.

Pourquoi avait-elle dû passer par l'intermédiaire d'une lettre plutôt que de lui dire en face?

20:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Cher Guy ,
Je constate que Marika devient un personnage important.
Je me souviens que Luc , lorsqu'il a connu au bar du village cette roumaine jolie a croquer, a perdu la tête. Au lieu d'être prudent, comme doit faire un bon espion qui se respecte, il a fait à Marika des confessions relatives a ses nouveaux patrons, a ses missions et aux sommes importantes qu'il recevait.

Pour moi il est inexplicable pourquoi Duvalier, un flic expérimenté, n'a pas cuisiné à fond Luc lors de son recrutement. Il aurait pu apprendre que Marika, une inconnue, avait été bêtement mise par Luc au parfum de ses missions qui étaient secrètes.
Alors Duvalier aurait dû, à mon avis, mettre sous surveillance Marika. Mais, aussi Luc. Car un agent doit être bien surveillé et contrôlé quant on lui confie des missions importantes. I.V.Lenin disait à l'époque: "faire confiance, c'est bien, mais le contrôle est la mère du succès ".
Le fait que Luc a reçu de la part de Duvalier un smartphone avec lequel il pouvait contacter la police et la police grâce a la géolocation par GPS pouvait savoir a tous moments où il se trouvait - est une bonne chose.

Mais si dans l'état actuel des choses, après cette nuit quant les relations franco-roumaines n'ont jamais été si serrés, Marika, après avoir probablement fait les poches de Luc est partie avec ce smartphone? Il y a le risque de perdre le contact avec les deux.
Le technologie est bonne mais, des fois, elle ne peut pas remplacer une bonne surveillance discrète.
Et si des fois Marika et Karine sont une seule personne ?

Cher Guy , nous attendons avec impatience les chapitres suivants.

A bientôt ,
Nina

Écrit par : Nina Georgescu | 24/09/2011

Cher Guy

Je ne saurais dire mieux que ce qu'a écrit Nina. Voilà bien une excellente analyse. Je flaire déjà l'arnaque... mais patience, nous direz-vous.

Écrit par : Pierre R Chantelois | 25/09/2011

Bonjour vous deux,
Oui, Markika pend une place de choix dans l'histoire.
Devalier a une longue expérience dans la police. Il sait reconnaître les "pigeons". Il a bien cuisiné Luc.
Luc, nous l'avons compris, comme lui, est une marionnette. S'il croit être un chef dans le submonde virtuel d'Internet, il n'en connaît que très peu dans celui du réel, pur et dur.
Mais Luc n'a pas parlé de Marika. Il avait besoin d'une confidente. On ne parle pas de ses confidents, c'est son jardin secret.
Il a parlé de tous ces déboires à la police. Le don du smartphone n'était pas innocent.
Lenine avait raison. Corneille disait "Le trop de confiance attire le danger.".
J'y ai pensé à l'idée que Marika et Karine étaient une seule et même personne. Mais il y avait une impossibilité de chronologie.
J'ai écrit, il y a bien longtemps, un billet qui se voulait assez "hard" au départ.
Cela s'appelait "Bons sens ne sauraient mentir"
http://vanrinsg.hautetfort.com/archive/2008/06/13/bons-sens-ne-sauraient-mentir.html
Il s'agissait d'une veille histoire, celle de Pinocchio, que l'on croît être une histoire pour enfants.
Je vous en remercie de me la faire relire.

Écrit par : L'enfoiré | 25/09/2011

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