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27/07/2011

12-Lendemain de veille

"Travailler en collaboration, cela veut dire prendre la moitié de son temps à expliquer à l'autre que ses idées sont stupides.", Georges Wolinski

0.jpgAprès la première partie de l'interrogatoire, les deux policiers s'entretinrent ensemble pendant une heure. Chacun avait senti le malaise de Luc. Ou c'était un bon comédien et il les roulait dans la farine ou bien, on l'avait arnaqué pour qu'il joue un rôle auquel il ne s'attendait pas au départ. Il fallait continuer à le cuisiner et peut-être s'en faire un allié pour remonter à la source.

Pour cela, ils devaient le pousser à bout et lui proposer une sortie honorable en le faisant travailler comme avant, mais pour eux, cette fois.

Une taupe dans le système de renseignements des milieux secrets, c'était toujours un bon point d'avance.

Ils se quittèrent sur cette option et chacun repris son chemin. Après un retour à l'hôtel, ils se retrouvèrent ensemble pour dîner tandis que Luc croupissait dans sa cellule. De l'avis commun, Luc disait la vérité et cette vérité pouvait les servir.

Le lendemain arriva.

Luc avait très mal dormi. La rudesse de la banquette qui se sentait au travers du maigre matelas n'était pas la seule raison. Échafauder un plan pour se sortir de ce mauvais pas n'était pas chose aisée. Il se rendait compte qu'il était tombé dans un traquenard comme l'est un bouc-émissaire malheureux dans une affaire qui le dépassait. Pour cela, il était grassement payé, mais payé avec de l'argent de singe. Il commençait, d'ailleurs, à douter de la propreté de sa provenance.

Ils se retrouvèrent dans le local sans fenêtres.

Ce fut Van Zeeland qui reprit l'interrogatoire. Devilier était présent à ses côtés. Il attendait son tour.

- Vous avez bien dormi, cette fois, Monsieur Orsini?

Van Zeeland savait que passer une nuit en garde à vue ne devait pas être différente dans tous les bureaux de police. On y dort mal.

Luc répondit par un simple rictus. L'accent belge ressortait de ces quelques mots, mais il ne pouvait le faire remarquer. L'humour n'était pas dans la note du moment.

- Je passe la parole à l'inspecteur Devilier qui a sa part dans l'interrogatoire.

Devilier entama sur les chapeaux de roue en feignant la confiance.

- Je ne sais pourquoi, mais j'aimerais que vous partiez libre de ce bureau, le plus rapidement possible. Je vous sens un peu le pigeon dans l'affaire parisienne, aussi. J'en suis arrivé à la même conclusion avec mon collègue belge. Nous repartirions sans autre forme de procès. Lui, à Bruxelles, moi, à Paris et vous continueriez votre petit business bien payé.

- Je sais pourquoi vous voudriez me voir partir. Je vous fait probablement rire, dit Luc.

La remarque ne toucha pas le policier. Un sourire imperceptible et il sauta l'argument.

- Donc, vous n'avez rien vu. Vous vous êtes endormi dans les deux cas. Le lendemain, vous avez été étonné de ce qui est arrivé. Tout à l'insu de votre plein gré. Rien de plus. C'est ça?

- De ce que vous m'avez raconté, hier, je suis innocent. C'est vrai. Ma bêtise vient d'avoir cru à de l'argent facile et vite gagner. Quand on m'a contacté, je n'en menais pas large. L'appartement que j'occupais alors, était bien plus petit et la maison bien plus décrépie que celle que vous avez vu en me cherchant.

- Et après, ce qu'on n'a pas dit hier? Y aurait-il une petite crainte à avoir de notre côté? Vous avez oublié un point litigieux, peut-être? Un point dont vous allez nous parler, ce matin?

- Ce n'était pas vraiment cela. J'ai été à Paris, en effet. En service commandé comme pour Bruxelles.

Luc commença l'histoire de ces ratés dans les sociétés de forums citoyens pour finir par son rendez-vous qui avait tourné à l'aigre avec la dame qu'il soupçonnait être celle qui avait tué deux managers de ces dites-sociétés.

Van Zeland et Devilier écoutaient religieusement ses révélations. Il ne faut pas interrompre quand quelqu'un fait une confession. N'importe quel curé, vous le dirait. Pas d'Ave et Pater à la fin, pourtant.

Quand il comprit que les révélations arrivaient à leurs termes, Devilier reprit la parole. Il n'était pas né de la dernière pluie et les rendez-vous manqué, il connaissait.

- Bon, supposons que vous n'avez été que le dindon de la farce. Quand vous étiez dans ce restaurant, n'avez vous pas eu le moindre doute? Vous n'avez pas cherché et regardé autour de vous vers les autres tables?

Luc sentit la flèche lancée avec un amer regret dans la voix.

- Non, j'ai été con. J'ai regardé vers l'entrée du restaurant en permanence. Je ne m'intéressais pas aux autres convives. Je n'avais même pas de signe distinctif pour reconnaître mon invitée pour la soirée.

Devilier sourit. Vraiment un pigeon sorti de l’œuf, se dit-il.

L'innocence personnifiée. S'il était un maître dans le virtuel, dans le rayon du réel, il en avait encore à apprendre.

Très certainement, il avait été surveillé à l'insu de son plein gré. L'occasion était trop belle de "faire connaissance" en approche visuelle.

Avant toutes choses, avant toutes collaborations, il faudra lui enseigné quelques petits trucs de l'espionnage. Lui faire confiance était de moins en moins difficile. Tout ce qu'avait dit Luc avait été recoupé. Il s'était fait avoir comme un débutant.

- Ok. On vous croit. Parlons argent. Comment étiez-vous payé? Vos frais et le montant qui vous était destiné pour vos émoluments? Alors comment cela se passait? Vous payiez vos hôtels avec du cash. Et le cash arrivait de quelle manière?

Luc sentait la tension baisser un cran.

- En effet, j'étais payé toutes les semaines, le lundi. Je puisais de l'argent avec une carte de crédit pour moi-même et pour les frais. Je n'ai jamais osé extraire du compte plus d'argent qui celui qui me revenait. Je ne voulais pas casser les bonnes relations que j'avais avec mes nouveaux employeurs.

De mieux en mieux, se dit Devilier. Nous avons un honnête caractériel. Cela devient rare de nos jours.

- Cette carte de crédit, vous l'avez sur vous?

- Oui, la voici, dit Luc en la tendant vers Devilier en plongeant dans son portefeuille.

Devilier la prit et nota le numéro de la carte et la lui rendit. Cela devait apporter quelques bonnes idées sur qui étaient les commanditaires. L'argent, lui, il s'attendait à être infini. Probablement de l'argent noir après blanchiment. Il contactera qui de droit pour le renseigner sur le compte de son propriétaire.

- Je ne vais pas aller par quatre chemin. Vous n'êtes pas sans savoir que le capitalisme n'est plus en odeur de sainteté, ces derniers temps. Cela a fait naître des groupements dans des mouvances qui se sont appelées, les "Anomymous". Ceux-ci nous l'avons remarqué, sont souvent victimes de schismes, de dissensions et tombent très vite dans des extrêmes de tous bords, de gauche ou de droite, quitte à devenir des ennemis potentiels. Plus de pacifisme dans leurs actions en marge de la société. Nous les observons. Nous y réagissons, mais nous sommes souvent dépassés en manque de renseignements de première main qui nous permettraient d'anticiper, plutôt que de suivre. Nous aimerions remonter aux sources. Ce sont souvent les citoyens lambda, vous et moi, qui subissent les retombées positives ou négatives de leurs actions concertées. Celles-ci touchent, au besoin, au terrorisme dans le virtuel et sur le terrain dans des combats de rue dès qu'il y a une réunion à Davos ou ailleurs.

Devilier avait fait une pause en regardant, en coin, les réactions de Luc. Il reprit.

- Voilà, ce que nous attendons de vous. Travailler pour nous en continuant vos petites affaires. Vous pouvez choisir l'autre solution, mais elle devait être moins agréable. Nous avons assez de charges et de soupçons contre vous pour vous envoyer à l'ombre pendant un certain temps en attendant d'attraper les vrais coupables de ces meurtres en série. Je dis en série, parce que nous sommes persuadés que cela ne va pas s'arrêter là. Choisissez, mais vite. Le rendez-vous manqué avec cette Karin, il faut le relancer en prétendant n'importe quel artifice. Si elle tombe dans le panneau, cette fois, nous serions là pour la suivre ou la cueillir. Vous n'êtes pas de taille seul.

Nouvelle pause.

- Êtes-vous d'accord de jouer le jeu avec nous en nous renseignant de tout ce qui se tramait et de nous avertir de toutes les missions qu'ils pourraient vous demander?

Luc se rendait compte qu'il avait une chance de gagner le gros lot et en plus de le gagner dans la légalité de son hobby avec le support de la police. Le rôle d'agent double lui plaisait. Alors agent triple, cela méritait seulement une médaille de plus, une barrette invisible sur l'épaule. De plus, il pouvait toujours continuer à toucher la paie du lundi. Le sourire et sa réponse vinrent d'une traite, en soulagement de ses émotions de la nuit.

- J'accepte avec joie. Au moins, je saurai pour qui je travaille par un des bouts.

- Sage décision. Nous allons vous mettre en contact avec un intermédiaire. Il va vous instruire sur certains manquements de votre stratégie. Nous allons établir un plan de bataille. Ensuite, nous vous raccompagnerons. Comme notre voiture était banalisée, il ne sera pas trop difficile de dire que vous avez été invités par des amis. Si l'inspecteur Van Zeeland n'y voit pas d'inconvénients, nous arrêtons ici votre garde à vue. Cette expérience malheureuse pourrait vous avoir apporté une expérience dans le futur.

Tous se levèrent, une nouvelle fois, en même temps.

Luc avait envie de leur serrer la main, mais aucune main ne se tendit.

La mission s'élargissait, c'est tout.

Pas le degré d'amitié entre les missionnaires en présence.

 

20:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

L'innocence personnifiée

Bonjour Guy

Le lectorat s'élargit et les remarques de Nina sont très pertinentes. Revirement de situation qui devrait je crois bien se corser. Nous pourrions regretter que Luc se montre d'une telle faiblesse et, disons-le tout franc, d'un tel mercantilisme... ;-) Mais avait-il le choix? S'il finit par acquérir les vraies stratégies d'espionnage professionnel peut-être jouera-t-il les agents doubles au détriment de ces braves agents de la paix ? Mais attendons.

Écrit par : Pierre R. Chantelois | 10/09/2011

Bonjour Nina, Bonjour Pierre,

Merci à vous deux de m'avoir lu avec autant de précisions et de commentaires très précieux.

Chère Nina,
Ma seule faute est de ne pas t'avoir consulté, d'avoir pris des décisions et des initiatives sur ce qu'est une Roumaine et comment elle s'exprime.
Je n'ai pas ta connaissance de la langue roumaine, comme toi de la langue française.
La différence entre le "tu" et le "vous", je l'ai cherchée avec les traducteurs traditionnels, sans la trouver vraiment.
Alors, j'ai assumé. Donc, ce n'est pas comme en anglais le "you" unique, plus pragmatique, moins sensible.
Quand il a fallu décider du pays d'origine de mon héroïne, j'ai pensé à ton pays, tout naturellement, en me souvenant vaguement du pays que j'ai connu, il y a bien longtemps et en pensant que cela pourrait te faire plaisir. C'est aussi le seul pays de l'est où j'ai mis les pieds, jusqu'ici.
Marika est le prénom d'un petite nièce que j'ai vu grandir et qui est maintenant, une jeune fille
Je connais maintenant, la correction mais je ne pouvais en cours de route, changer le prénom surtout qu'il a été utilisé par Pierre dans un commentaire.
Le nom roumain est : MARIA ou MARIUCA , ou bien MARIOARA, comme tu me l'a dit après coup
Quant à l'histoire, elle arrive en parallèle avec l'article qui a été envoyé sur l'autre antenne "Gauche, droite, gauche...".
J'ai aussi dit, que ce serait un thriller de l'été.
Je ne peux pas trop sortir de ce timing.
Mon histoire se construit presque en même temps que votre lecture.
J'ai 3 chapitres d'avances, c'est tout.
En fonction, de vos commentaires, l'histoire pourrait encore basculer.
Mais je vous réserve quelques surprises.
Si vous n'avez pas lu "Le Grand Maitre virtuel", les bases sont les mêmes, mais je ne pouvais m'inscrire dans la même histoire et le même fin.

Cher Pierre,
Dans tout roman, on laisse toujours quelque chose de soi.
Des "casseroles" que l'on tire derrière soi, aussi, parfois.
Depuis le temps que nous nous connaissons, tu as pu te faire un portrait robot de cet enfoiré.
Oui, Luc est ce qu'on appelle un pigeon.
Avait-il le choix? Très bonne question.
Il vivait bien, petitement, mais la pub est mensongère et tellement "arrache cœur" qu'il s'est lancé sur une piste dont il ignorait les aboutissements.
Je peux déjà dire, qu'il va changer du tout au tout.
La leçon aura servi et c'est cela qui le plus important de l'histoire.
Le moment ou le "diamant brut" est taillé pour en faire une pierre aux éclats que l'on connait.

Écrit par : L'enfoiré | 10/09/2011

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