Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/08/2011

10-Là haut, cela s'exciste

"Il y a tout lieu de s'inquiéter quand la police est "sur les dents" : la position ne permet pas d'attraper grand-chose", André Frossart extrait de "Les Pensées"

1.jpgLundi, 09:30. A Bruxelles, Van Dorp reçu un coup de fil de France, vu l'indicatif 33 qui apparaissait sur le l'écran du téléphone, en tête du numéro appelant.

Paris réveillait l'affaire du Métropole. Celle-ci ne s'était pas endormie mais faute de nouveaux développements, Van Dorp devait bien s'en contenter.

- Bonjour Monsieur Van Dorp, Devalier de la GGSE. Je vous téléphone à la suite de l'assassinat de Bruxelles. Nous en avons été informé par Interpol. Vous recherchez un faux journaliste et une espèce de Call Girl qui aurait accompagné Williamson avant d'être assassiné.

Bien résumé, pensait Van Dorp. La DGSE, le service de la Sécurité Extérieure qui téléphone, cela devait être important.

- Oui, c'est bien cela, Monsieur Devalier, avez-vous quelque chose de nouveau au sujet de notre affaire?

- En effet, cela se pourrait bien. Mais laissez-moi vous expliquer ce qui se passe chez nous. Nous avons eu une sorte de contagion à Paris. Je ne sais si vous suivez notre actualité.

Van Dorp devait bien l'avouer, il n'avait pas suivi ce qui se passait dans la presse française.

- Je suis désolé, je n'ai pas vraiment tout suivi. Cette contagion m'intéresse au plus haut point. Expliquez-moi.

- Interpol nous avait déjà informé que quelque chose se tramait et dépassait les frontières. D'autres assassinats assez surprenants et inexpliqués, se sont produits à Milan. Je ne vous cacherai pas mon sentiment même s'il parait peu crédible. Il se pourrait qu'il y ait une guerre entre l'extrême droite et l'extrême gauche qui se produit en coulisse. Un lutte entre partis, pour le moins. Je ne sais si vous avez observé ce phénomène en Belgique, mais, l'extrême droite ne fait plus vraiment peur. Bien cadenassée dans leur objectifs. Leurs noms, bien connus de nos services, nous permet de les surveiller et de prévenir les "cas malheureux". L'extrême droite est en perte de vitesse. Leur activisme s'est rangé derrière une routine, dont je ne me plains pas, évidemment. Ces derniers temps, il semble qu'une nouvelle garde a pris la relève ou alors, ce serait l'inverse, l'extrême gauche qui élimine ses têtes pensantes comme une sorte d'agents doubles. Nous venons d'avoir deux assassinats coup sur coup de patrons de grosses entreprises de forums citoyens. Vous ne devez pas connaître Redovox et 666vox. Ce sont des entreprises qui ont des budgets constitués par la publicité, par les dons de leurs rédacteurs. Beaucoup d'articles parus sont clairement destinés à saper le moral des capitalistes et des producteurs du monde de droite. Ils opéraient dans l'ombre et cela ne devait pas plaire à tout le monde parmi eux.

Devalier fit une pause. Il devait reprendre son souffle après cette tirade prononcé d'une traite. Il attendait peut-être, aussi, la réaction de son interlocuteur pour confirmer ou infirmer ses intuitions.

Van Dorp avait écouté avec attention. Il réfléchissait à ce qui se passait en Belgique dans la politique. Il ne pouvait pas lui donner tort. Moins virulents qu'en France, ces forums devaient mettre des bâtons dans les roues. Il devait y avoir un lien avec son affaire. Il embraya.

- Vous devez avoir raison. Nos services belges connaissent bien les noms des leaders de l'extrême droite. Quand des troubles de rues se produisent nous arrivons avec nos autopompes et cela calme les ardeurs. Sur Internet, c'est un peu plus difficile. De plus, ce qu'il y a derrière ces gens qui écrivent sous des pseudos restent souvent très peu connus et très troubles. Ce qu'ils publient est souvent à la limite. Donc, d'après vous, il y aurait un espèce de complot contre l'intellengencia du capital...

- Le complot, ce n'est peut-être pas le mot qui convient, pas encore. Mais qui sait ce n'est peut-être que le début d'une offensive plus générale. La révolution couve dans certains milieux. Vous vous souvenez des corpuscules comme la Bande à Bader, l'affaire Aldo Mauro en Italie, les CCC chez vous... L'élite de droite est peut-être en train de se fourbir de nouvelles armes pour répondre à cette nébuleuse gauchisante. Les antinucléaires, les eco-terroristes vont parfois trop loin et il faut bien le dire, ils ne sont pas souvent condamné en fonction de leurs actions terroristes. Le capitalisme est hué de partout après les crises à répétition. L'OMC, la mondialisation sont désignés comme les responsables des situations en perdition que nous vivons. Le marché des armes est pointé du doigt. Le vent de révolte, aux États-Unis, s'est révélé plus conservateurs que les conservateurs. Vous devez avoir entendu ce qu'on dit des Tea Parties. Alors, je me demande s'il n'y a pas une résurgence sous la forme d'une version européenne que l'on pourrait appeler, avec un certain humour, les "Coffee Parties".

- Diable. Là, vous m'en soufflez un coin. Vous avez des vues assez générales sur ce qui se passe dans le monde. Je crois qu'il faudrait organiser une petite réunion pour en parler.

- La DGSE se doit d'extrapoler très vite les problèmes. Je ne vous pas encore tout dit. Voici, le pourquoi je vous appelle. Nous avons pisté ce journaliste dont vous parliez au début de votre enquête. Il a repris l'avion à partir de Nice, mais cette fois, en direction de l'aéroport de Paris. En cherchant un peu, nous avons appris qu'il avait loué une mobylette pour se déplacer dans Paris. Il était descendu dans un hôtel assez bien coté, d'ailleurs. Et, pour couronner le tout, il était présent sur les lieux des drames. Il y était allé questionné quelques patrons de forums. Je ne dis pas que c'est lui qui a été l'auteur des deux meurtres mais ce serait un maillon de l'histoire que cela ne m'étonnerait pas. De toutes façons, il faudrait aller lui rendre une petite visite pour le questionner.

- Ah, intéressant. Et vous savez déjà où il habite et comment il s'appelle probablement?

- En effet, nos services n'ont pas dormi sur l'affaire. Nous l'avons suivi grâce à ses connections Internet. Il n'habite pas Nice mais un petit village perdu dans la montagne, que vous ne connaissez probablement pas. Il s'agit d'un nid d'aigle dans l'arrière pays du Midi, nommé Peille. Le nom de cet homme n'était pas connu dans nos fichiers. Pour ce qui est de son métier, il a, en effet, été journaliste, mais il est au chômage depuis plusieurs mois. Ses accès sur Internet ne nous sommes pas inconnus depuis longtemps. Mais, plus récemment, il y a eu un revirement dans sa vie comme s'il avait changé de cap.

- Ne pensez-vous pas que nous devrions nous rencontrer pour en parler?         

- Parfaitement. Cela pourrait être intéressant de coordonner nos efforts. Je redoute une certaine recrudescence des mouvements inter-classes extrêmes. Les classes moyennes, les citoyens de la rue qui se trouvent au milieu ne se rendent pas compte qu'elles sont un peu les dindons de la farce. Si vous avez le temps, passez à Paris à mon bureau et après nous pourrions faire un saut à Peille. Vous verrez c'est un beau petit village touristique. Ce journaliste en chômage n'est peut-être qu'un maillon faible mais il pourrait nous servir pour remonter à la source. 

- D'accord. Je m'occupe de réserver une place sur le Thalys. Je serai là dans l'après-midi. Mon collaborateur vous accompagnera. Je resterai à Paris. Je vais voir un gars de votre brigade des fraudes en même temps. Celle-ci me demandait de venir les voir pour une affaire de phishing sur Internet. Nous avons aussi beaucoup de plaintes d'internautes qui se sont fait arnaquer, voler à la suite des emails boule de neige qui demandent de confirmer les références de leurs comptes sur Gmail. Vous savez, ce genre de mail qui vous demande de donner, entre autres, votre mot de passe pour ne pas voir ses comptes clôturés. Le spoofing. Bien trouvé, celle-là. Quand on pense que, souvent, c'est le même dans d'autres systèmes.

- Bonne idée. J'ai entendu parlé de cela. Je serai content de vous rencontrer. A toute à l'heure.

- A plus, on dit dans ce nouveau monde, non?     

Van Dorp raccrocha avec le sourire. Il était fier d'avoir lancé une preuve qu'il était toujours à la hauteur, bien qu'il soit en fin de carrière.

Il appela son second avec l'interphone.

- Jacques, prends deux places sur le Thalys. Nous partons aujourd'hui même. Nos collègues de la DGSE redoutent un mini coup d'état entre les mouvements d'extrême droite et gauche. Cela viendrait à expliquer ce qui s'est passé au Métropole. Nous allons a Peille. Je ne sais pas si tu connais. Moi, jamais entendu parler.

- Ok. Chef. Je me prépare. Je cherche un remplaçant. Peille? Non, connais pas, répondit Jacques.

Van Dorp réfléchissait à l'actualité récente. Beaucoup de choses s'étaient accélérées avec l'informatisation liée à Internet. En 2006, un nouveau groupe était né. Ses membres s'étaient fait appeler les Anonymous. Ils arboraient le masque de Guy Fawkes, un catholique anglais du 16ème siècle. Un Zorro, d'un autre temps, mais qui ne signait pas d'un "Z", mais d'un "V" de Vendetta. Pacifistes, au départ, la lutte contre la censure était devenue leur mission. Une belle ambition, mais que de dérapages possibles dans ce parcours. On connaît des schismes dans tous les genres d'activisme sur Internet. Plus cela devenait exigeant, plus le secret devait les encadrer.

Quel était le message politique derrière cette mouvance?, se demandait Van Dorp qui n'aimait pas les énigmes.

Enfin, cela avait le privilège de créer de l'emploi pour toutes les polices du monde. Van Dorp était dépassé par les nouvelles technologies, mais il devait prévoir la relève. Il avait choisi de rester à Paris pour cette autre affaire et puis, qui sait, il pourra revoir quelqu'un qu'il avait connu, il y avait bien longtemps dans une autre vie. A l'époque, celle auquel il pensait, était jolie. Un soirée pour se rappeler le passé dans un petit resto, ce serait vraiment idiot de ne pas y penser.  

Deux heures plus tard, ils étaient sur le train. La journée était belle. Un peu de vacances et qui sait du tourisme à Peille ne ferait pas de mal pour Jacques qui avait été très éprouvé avec la fausse couche de son épouse. Le train prenait, déjà, de la vitesse. Arrivé en France, le train s'élança à la vitesse maxi. La vitesse les grisait. L'aventure commençait. 

Être dans la police a du bon, devait se dire Jacques. Elle allie de front l'utile à l'agréable.

Tous deux commençaient, déjà, à rêver, mais pas le même rêve.

20:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Bien. Rencontre au sommet. Les polices nationales vont échanger leurs informations. Mais il semble qu'il y ait un léger contrepoids. La GGSE marque une belle avance. Il faut dire que Luc a laissé derrière lui quelques pistes comme le Petit Poucet laissait de petits cailloux pour retrouver son chemin ;-)

Écrit par : Pierre R. Chantelois | 26/08/2011

Les ennuis de Luc vont commencer. Ça, c'est sûr.

Écrit par : L'enfoiré | 28/08/2011

Les commentaires sont fermés.