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24/08/2011

08-Une rencontre du 3ème type

"Dans la vie, il est des rencontres stimulantes qui nous incitent à donner le meilleur de nous-même, il est aussi des rencontres qui nous minent et qui peuvent finir par nous briser.", Marie-France Hirigoyen

1.jpgLe lendemain, Luc s’apprêtait à reprendre la conversation électronique avec la mystérieuse « Karin ».

Ce prénom n'était pas vraiment français.

Était-ce une "Catherine" d'un pays germanophone ou même de plus loin encore?

Signait-elle, d'ailleurs, de son véritable prénom ou d'un pseudo ?

Des questions sans réponses.

Luc fantasmait quelque peu. L'étrange s'ajoutait au suspense qui lui donnait un dérivatif tout à fait engageant même si dérangeant.

Il imaginait une espionne blonde qui venait de l'Est, prête à toutes les forfaitures pour conclure un contrat. A Bruxelles, celle qu'il avait vue, n'était pas blonde, mais n'avait-elle pas mis une perruque pour la circonstance? Diable de morceau, cette Matahari, qui avait les moyens d'exciter n’importe quel mâle. Alors, en période de disette... quand cela frétille au moindre souffle du vent.

Luc n'avait-il pas de souci à se faire dans une telle rencontre?

Il était devenu contractuel, un mercenaire du numérique dans une guerre civile ou commerciale non déclarée et aux règles du jeu imprécises. Dans ce jeu-ci, il n'y avait que ceux qui avaient le dernier mot qui gagnaient. Cela ne l'empêchait pas de rester homme et, en chaque homme, un chasseur sommeille.

Fini le temps de la vieille chanson de Guy Béart « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté ». Le virtuel a tout changé. C'est le dernier, la « lanterne rouge » qui intéressait Internet, celui qui conserve sa première place dans l'historique le plus récent.

Les moteurs de recherches ont l'habitude de présenter l'activité la plus récente avec le plus d'appels à l'information.

Y avait-il des précédents à ces histoires de meurtres?

Question que Luc aurait pu se poser, mais qu'il ne fit pas.

Avant de replonger sur le courrier, en espérant y trouver une réponse, il parcourut les informations du jour.

Très vite, il se braqua sur un article qui l'interpella. « Nouvelle mort suspecte dans les forums citoyens ».

Même procédure, la police était au début de l'enquête et un empoisonnement semblait avoir été la cause. Avec effet retard, cette fois. La mort était arrivée dans la soirée, pour un autre patron, qui rentré chez lui avait éprouvé des difficultés de respiration avant de s'affaler chez lui. Il semblait que l'on éliminait un à un les dirigeants des entreprises qui avaient pour profession de laisser parler les citoyens.

Pour Luc, le doute n'était plus permis. Il y avait un complot dont il faisait partie à l'insu de son plein gré ou, du moins, de son ampleur. L'article ne parlait pas d'un auteur présumé. Il désignait une dame avec un signalement présenté sous forme de portrait robot. Ils avaient fait vite à la police de Paris. Il commençait à s'inquiéter sérieusement dans la "maison poulaga". Luc décida de faire son enquête en parallèle.

Il composa sa réponse à sa mystérieuse collègue en la titillant un peu.

-"Chère collègue Karin,

N'avons-nous pas le même patron ?

Il me semblait, en effet. Je n'ai pas encore reçu d'ordre d'expédier mes semblables ad patres.
Mais je m'y attends. Ne pourrions-nous pas nous rencontrer quelque part à Paris? Je vous invite. Nous en discuterions. L."

Quel était le côté pile de cette pièce à deux personnages?

Quelque part dans Paris, une jeune et belle femme avait lu le courriel de Luc.

Elle était aux antipodes de Luc. Pas journaliste, pour un sou. Loin d'être informaticienne. Pas folle d'Internet, d'ailleurs. Rien de tout cela. Sa sensibilité était, ailleurs, et à fleur de peau. Elle vivait dans le réel. Le pur et dur.

La Toile, c'était plutôt une ennemie. L'influence numérique ne l'avait pas atteinte. Elle utilisait Internet comme le Minitel à une autre époque.

Ancien mannequin, elle avait pris quelques années de plus, mais elle faisait toujours tourner les têtes. Sa beauté avait mûri, simplement, efficacement. La profession de mannequin, elle l'avait lâchée. Elle ne voulait plus jouer aux anorexiques pour suivre la mode dans un imposé des agences de presse de mode. Escort girl, ensuite, pendant un temps. Dans ce parcours, elle avait eu un gosse dont elle était folle. Il avait quatre ans et était choyé comme seul une mère peut le faire. Son histoire ne s'était pas arrêtée là. Elle avait eu besoin de plus en plus d'argent. Un jour, elle avait été contactée. Elle avait sombré dans des promesses non suivies. Un horrible chantage l’oppressait depuis lors. Elle était devenue la tueuse par obligation. Ses débiteurs, elle ne les connaissait pas. La seule rencontre fut à visages voilés. Et, finalement, elle y avait pris un certain goût de rester, de plus en plus, en marge de la société.  

C'est alors, qu'elle avait lu l'article de Luc. Il s'agissait de celui d'un journaliste qui avait interrogé le patron de la société et qui l'avait quitté à l'heure précise où elle l'avait interrogé et qui en faisait état de manière cavalière sans preuves.  Elle ne pouvait pas s'empêcher de lui lancer une correction à cet impudent qui ignorait tout d'elle. Ce journaliste à la noix le méritait. Il se mêlait de choses qui le dépassaient.

La société où elle avait passé la dernière heure de sa journée n'était pas une coïncidence, bien sûr. Elle y avait une mission de "nettoyage". Elle avait été recrutée de manière brutale et elle agissait en conséquence. A Luc, elle ne lui devait aucune explication. 

Comment connaissait-il son rendez-vous? Était-il quelqu'un de l'intérieur de l'organisation qui l'employait et qui n'avait pas fourni beaucoup de renseignements.

Elle avait trouvé un emploi et elle y tenait. Peu importait la portée, du moment que cela rapporta l'argent pour payer, plus tard, les études de sa fille. De ce côté, elle ne pouvait vraiment pas se plaindre. La pension et la cotisation qu'elle lui réservait, valaient toute son attention.

"L" l'invitait à une rencontre, pourquoi pas? Sera-ce celle qu'il penserait de premier à bord?

- Cher L, Pourquoi pas, fixez-moi un rendez-vous. K,

Luc, à la lecture, se disait "gagné". Il allait passer sa soirée accompagné, cela changerait de ses habitudes.

Un rapide coup d’œil au répertoire des restaurants parisiens. "Le Montparnasse" lui paraissait parfaitement dans la note d'un rendez-vous.

Trop heureux, son mail en retour ne se fit pas attendre. Il y fixa rendez-vous avec la belle inconnue pour 20 heures dans le restaurant qui n'avait rien à voir avec un "Resto du cœur". La confirmation était implicite. Il n'attendait pas de confirmation.

Le reste de la journée, il entreprit quelques promenades à bord de sa mobylette. 

Sorte de pèlerinages, car il y avait bien plus de quinze ans, qu'il n'était plus venu à Paris.

Le soir, retour à l'hôtel, Luc se faisait une joie de rencontrer cette Karin.

Il avait réservé une table dans un coin de la salle du restaurant. Il y arriva pile à l'heure.

La table était dressée avec les petits plats dans les grands. L'attente commença. Le restaurant se remplissait progressivement de clients qui passaient commande. Luc se limitait à des apéritifs, coup sur coup.

21 heures, la dame ne s'était toujours pas manifestée. Le garçon repassait, à intervalles réguliers, pour s'informer s'il pouvait prendre la commande. Il s'impatientait, ce qui excitait encore plus Luc.

Un quart d'heure, plus tard, n'y tenant plus, il commanda son repas qu'il réduisit à un strict minimum de rage. Le restaurant était plein de convives.  Plus personne ne semblait devoir arriver.

Que s'est-il passé? L'imagination de Luc allait bon train en commençant à déglutir le repas. Son goût avait perdu de sa saveur. A 22:30, tout était fini. Elle ne viendrait pas. Il régla et s'en retourna, déçu de sa soirée.

Luc avait une humeur rageuse, à bord de sa mobylette au retour vers l’hôtel. Il avait manqué avoir un accident.

Son humeur aurait été plus massacrante encore, s'il avait su qui était trois tables, plus loin, près de la fenêtre.

La fameuse Karin avait été présente avant que Luc n'arrive, accompagnée d'un complice. Elle dînait bien calmement comme des amoureux. Elle avait très vite repéré Luc par le plongeon répété de son regard sur sa montre bracelet. Autre indice, personne n'était venu s'ajouter à sa table, alors qu'il attendait visiblement quelqu'un. De plus, c'était la seule table qui n'était pas occupée par un couple, au minimum. Subrepticement, tout en parlant, elle avait pris quelques photos de Luc avec son portable en simulant un coup de téléphone. Elle connaîtrait, ainsi, son visage, ses manies. Cela pouvait toujours servir, un jour.

Elle avait mis une nouvelle perruque sur la tête avec des lunettes ambrées qui cachaient une partie de son visage, au cas où Luc s'était muni des mêmes envies de photographier les convives voisins. Elle restait très jolie, mais c'était une autre personne, physiquement, que celle que Luc avait vu à Bruxelles. Elle avait l'art de se métamorphoser.

Luc n'avait eu aucun soupçon et n'avait repéré personne.  

Dépité, au retour à l'hôtel, Luc gara la mobylette et l'attacha à une chaîne de sécurité. Récupéra la clé chez le portier et monta dans sa chambre en oubliant l’ascenseur.

Demain, il aviserait. Mais, son voyage à Paris se terminait en queue de poisson.

Être pêcheur et avoir une queue de poisson au bout de la ligne, ce n'était vraiment pas finir en beauté.

20:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Bon. Un point pour Karin. Et échec pour Luc. Elle est brillante cette dame. Accepter un rendez-vous, s'y présenter avec un complice pour repérer dans un premier temps celui qui a su l'impertinence de l'inviter. Voilà une petite joute pimentée qui me plaît et qui ajoute au mystère. Vivement la suite :-)

Écrit par : Pierre R. Chantelois | 11/08/2011

Karin est une dure. Une sorte de Nikita.
Elle connaît les filières et n'a pas froid aux yeux :-)

Écrit par : L'enfoiré | 11/08/2011

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