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07/09/2011

06-Pendant ce temps-là, ailleurs

"Le bon sens est le concierge de l'esprit : son office est de ne laisser entrer ni sortir les idées suspectes.", Daniel Stern

1.jpgLe commissaire Jules Van Dorp était assis dans son bureau de la Police Judiciaire de Bruxelles, situé près du Palais de Justice.

La liste des invités à la présentation de Wim Williamson était devant lui, bien visible. L'enquête avait commencé par les interrogatoires d'éventuels suspects. La liste des accréditations était un bon départ.

Miss Johnson restait introuvable. Disparue. Évaporée. Un avis de recherche était lancé avec l'appui d'une photo d'un journaliste, prise lors de la représentation de Williamson.

La liste avait, déjà, des noms cochés. Il restait encore beaucoup d'interviews à passer en revue. Les rapports tapés à la machine jouxtaient la liste et la pile n'était pas vraiment épaisse. Rien ne semblait éclaircir l'affaire Williamson.

Dans le bureau du commissaire, régnait une chaleur moite. La météo avait annoncé un orage pour l'après-midi. Le ventilateur ne parvenait plus à rafraîchir l'atmosphère dans son mouvement de va-et-vient. Van Dorp commençait à fatiguer d'entendre les mêmes réponses à ses questions. 

Arriva le 11ème sur la liste.

-Faites entrer le suivant, dit-il à un policier de service.

Le policier qui avait la même liste appela Monsieur Dumont.

Un petit Monsieur sortit de sa torpeur et se leva en suivant le policier.

-Monsieur Dumont, je présume. Asseyez-vous, dit Van Dorp.

Le sieur Dumont hochait de la tête. Il avait un sourire qui se voulait engageant. Il restait un peu hésitant. Il s'exécuta. A la vue, de son mètre soixante cinq, à vu d'oeil, avec son costume, un peu fripé et une cravate bien serré aux couleurs neutres, Van Dorp pouvait déjà catégoriser son invité comme un gentil célibataire mais plutôt innocent. Perspicacité, née de l'expérience d'un flic de longue date. 

-Vous connaissez la raison de votre présence, Monsieur Dumont. Vous avez été invité pour nous donner vos impressions sur Monsieur Wim Williamson, que vous pouvez avoir eu lors sa présentation. Vous n'êtes pas sans savoir qu'il a trouvé la mort dans des conditions assez,  disons,... peu orthodoxe. Vous avez peut-être une idée sur les raisons possibles en dehors des objectifs qu'il était censé apporté lors de la conférence. Avez-vous une déclaration à faire? Avez-vous remarqué quelque chose qui vous a semblé anormal?, commença le commissaire.

-Monsieur le commissaire, je regrette sa dispariton. J'ai été invité par Wim. Il avait été un ancien collègue, il y a de nombreuses années.

Van Dorp se pencha vers ce nouvel interlocuteur avec plus d'intérêt que d'habitude et tenait son crayon entre les doigts de manière plus fébrile. Ce n'était plus un anonyme ou un journaliste qui ne connaissait rien de Williamson mais quelqu'un qui le connaissait plus intimement. D'un hochement de tête, il invita Monsieur Dumont à continuer de manière plus affable. Il lui proposa de boire un peu d'eau en se dirigeant vers la grande bouteille d'eau potable, inversée, avec un gobelet en plastic à la main. C'était la seule boisson disponible dans la pièce.

-Merci, avec cette chaleur, on a toujours soif, répondit-il en se frottant le front du revers de la main.

Il commença immédiatement, tandis que Van Dorp s'occupait de ne pas renverser les deux gobelets d'eau fraîche, mais avec les deux oreilles bien ouvertes.

-Il y a bien plus d'une dizaine d'année de cela, nous travaillions ensemble, Wim et moi, dans une société d'agronomie. C'était un gars que tout le monde aimait bien. Jovial. Disert. Beaucoup de qualités. Après qu'il ait quitté, bien avant moi, je ne l'ai plus revu. Quand j'ai vu son nom, par hasard, dans les journaux, comme j'étais de passage à Bruxelles, je l'ai contacté et il m'a donné un laisser-passer pour assister à sa conférence. Je dois avouer que je l'ai trouvé très changé. Le sourire était devenu plus rare. Sobre en paroles. Il avait une nouvelle tâche dans cette société obscure qui réfute les ... bienfaits de notre civilisation. Cela m'a beaucoup intéressé. Nous n'avons pas eu l'occasion de nous revoir longtemps pour en discuter avant sa conférence. A peine cinq minutes, avant sa présentation. Il m'a donné quelques tuyaux précurseurs au sujet du discours qu'il allait prononcé. Rien de plus. Aucune information au sujet de l'organisation sur laquelle il avait jeté son dévolu. Je ne peux vous en dire beaucoup plus. J'en suis désolé.   

-Très bien Monsieur Dumont, vous en apportez déjà pas mal. Avez-vous trouvé, par hasard, quelque chose de suspect dans son attitude, dans ceux qui se trouvaient dans son entourage? Il parait qu'il y avait une dame qui a fait impression et qui l'accompagnait. Nous la recherchons activement car jusqu'ici, elle a disparu de la circulation. Comme il est presque certain qu'il s'agisse d'un crime, vous comprenez que tous les indices peuvent être utiles. Parlez-moi de vos souvenirs de ces deux heures de présentations.

-En fait, pendant la conférence, je n'ai rien remarqué de suspect, comme je vous le disais. Si ce n'est le service de sécurité qui était bien présent, je vous assure. Wim, comme je le disais, aimait faire rire. Les femmes tournaient autour de lui avec beaucoup d'intérêts. Que vous dire? Peut-être qu'il était devenu un activiste quand il s'est vu imposé des méthodes d'agronomie qu'il n'aimait pas et qui devaient ruiner les sols des pays dans lesquels, ils étaient utilisés. Beaucoup de produits chimiques entraient dans la composition des engrais. Je le savais. Nous le savions. Il avait dit qu'il ne pouvait continuer à fermer les yeux. Si vous me permettez, j'ai pourtant quelque chose qui me reste en mémoire qui pourrait vous intéresser et qui me parait, après coup, plutôt louche.

-Ah, racontez-moi ça, dit Van Dorp en reprenant son crayon en le pointant sur son carnet de notes qu'il tenait sur le bureau.

Cela commençait, vraiment, à intéresser Van Dorp pour sortir l'enquête du point mort dans lequel son enquête végétait

-Oui, ce n'est peut-être rien, mais j'ai été questionné par un journaliste qui devait assisté mais qui avait raté la présentation comme il me l'a raconté. Nous avons passé deux ou trois heures ensembles. Je ne tiens pas beaucoup l'alcool, il m'en a fait boire un peu trop et nous avons fraternisé un peu trop vite. Quand, il a considéré qu'il avait reçu assez d'informations, il m'a carrément laissé choir. J'en ai été très surpris et très vexé. Il m'a quitté sans me donner la moindre information du journal pour lequel il travaillait. Je me suis informé à la réception de l'hôtel. Personne ne le connaissait de manière très précise. Comme j'avais entendu son numéro de chambre, 250, j'ai tenté de le rappeler pour lui exprimer mon désarroi et un peu ma colère sur ses agissements, mais il n'était pas dans sa chambre. Ensuite, je suis allé me coucher et j'ai dormi jusque tard dans la matinée du lendemain. Je vous rappelle, je ne tiens pas l'alcool. Après, il devait avoir quitté l'hôtel. Je ne l'ai plus revu. 

Il n'est donc pas dans cette liste, mais dans celle des clients. Il avait pris la précaution de demander cette liste à la réception de l'hôtel.

Le commissaire se plongea dans la liste des clients de l'hôtel classée par numéro de chambre..

-Vous dites chambre 250?

Son doigt pointait... 248, 249, 250.

-Monsieur Bitoni. Je l'ai.

Faudra vérifier si le nom est correct, se dit-il en lui-même.

-C'est ça, je m'en souviens. C'est le nom qu'il m'a donné.

-Avez-vous divulgué des secrets qui pourraient lui servir?

-Pas vraiment. Il notait tout. Il ne m'a pas dit très clairement quel genre de reportage, il voulait écrire pour son journal. Je ne me suis pas méfié. Je me suis laissé prendre au jeu de questions-réponses sans prendre de précautions. Je vous rappelle, l'alcool et moi, ne faisont pas bon ménage.

Van Dorp souriait sans mot dire. L'alcool a bon dos, se disait-il. Il s'était laissé berné comme un pigeon. Point à la ligne. Il avait devant lui, une déclaration qui avait trop l'accent de l'innocence. L'innocence, il l'avait trop souvent rencontré. Que pouvait-il lui apprendre d'autre, ce bon Moinsieur Dumont? La conversation avait trop été à sens unique. Il lui demanda de parler de la réunion plutôt pour meubler le temps et pour ne pas donner trop d'importance à son visiteur qui aurait pu penser monnayer son expérience avec de vrais journalistes, cette fois.

-Je ne vais pas vous retenir plus longtemps, cher Monsieur Dumont. Je vous remercie pour votre visite, pour les informations et votre temps que vous m'avez consacrés. Vos renseignements nous sont très précieux. Donnez vos références au policier de service, que l'on puisse vous joindre, demain. Je suis sûr que nous nous reverrons. Voici, ma carte, s'il y a quelque chose qui vous revienne en mémoire, n'hésitez pas de me téléphoner.

-Toujours content de rendre service à la police, Inspecteur.

Van Dorp ne le corrigea pas sur le grade qu'il avait réellement utilisé.

Dumont, à peine sorti du bureau, le commissaire téléphona à l'hôtel pour connaître les références que ce Monsieur Bitoni avait donné à l'enregistrement.

Le sieur Bitoni avait payé en cash. Pas de carte de crédit pour le repérer. La carte d'identité, Van Dorp le craignait de plus en plus, pouvait être fausse. Français, habitant Bordeaux. Une rapide recherche sur Internet, la rue Dampremi, renseignée à l'inscription, n'existait pas à Bordeaux. La carte de presse présentée, à la réception, était probablement fausse. Cela commençait fort.

Monsieur Dumont était tombé dans les filets de quelqu'un qui ne lui voulait pas nécessairement du bien et qui voulait rester dans l'ombre des "palmiers en fleurs".

Il fallait mettre la police française à sa recherche. Lancer un mandat d'arrêt, au besoin. Mettre Interpol sur le coup. Williamson avait été assassiné, tard dans soirée. La mort remontait à 2 heures du matin, approximativement, d'après le médecin légiste. Ce sont les premières heures qui sont, généralement, les plus fructueuses dans une enquête.

Le médecin légiste avait déjà rempli son rapport. La nuque brisée sur les marches où il avait été trouvé? Une chute? Non, un objet contondant avait enfoncé, au préalable, le crâne de Williamson. Rien de naturel.

Crime crapuleux? Pas vraiment, on avait retrouvé une liasse de billets de différentes monnaies dans ses poches.

Non, la piste Bitoni semblait la meilleure, la plus opportune, même s'il se devait de continuer sur d'autres pistes.

La police belge avait connu quelques bavures ces derniers temps. Fallait pas en rajouter.

Pour remonter le moral des troupes, le commissaire, Van Dorp se faisait fort d'y parvenir étant près de la retraite en résolvant cette enquête.

Un portrait-robot pourrait être demandé à Dumont. Il lui redemandera de repasser pour s'y prêter au jeu du nez, de la moustache et des têtes en forme rondes ou carrées.

Dix minutes après, Van Dorp prenait son téléphone intérieur.

-Jacques, prend contact avec les autorités de l'aéroport? Demande-leur si le nom "Bitoni" avait été utilisé sur un vol, hier. Invite, aussi, Monsieur Dumont pour qu'il puisse construire un portrait-robot de ce "Bitoni".

-D'accord, je m'en charge. Je suivrai l'affaire et je viendrai vous en rendre compte, demain à la première heure.

-Ok. Pas de nouvelles du côté de la gracieuse demoiselle qui accompagnait Williamson?

-Non, rien. Volatilisée. J'ai questionné les agences de call girls. Rien.

Avec un peu de chance, l'affaire Williamson pourrait être bouclée assez vite, se dit-il.

Van Dorp aimait beaucoup les félicitations. Dans le passé, il avait reçu sa dernière promotion grâce à une enquête résolue rapidement. Le balancement entre tutoiement et vouvoiement, existait depuis leur première rencontre. Van Dorp aimait le respect et la voie hiérarchique. 

Van Dorp interviewa encore cinq autres personnes ensuite, mais cela n'apporta rien de bien folichon.

Il se proposa d'aller voir le médecin légiste. Trouver de la famille de Williamson, puisque celle-ci ne s'était pas encore manifestée.

Le reste de la journée fut bien rempli pour Van Dorp.

Demain, il veillera à aller plus loin. Il avait eu assez d'émotions pour la journée. Il avait promis de ne pas rentrer tard.

Madame Van Dorp devait avoir préparé quelque chose de bon à la maison, c'était l'anniversaire du fils, John qui avait 40 ans, aujourd'hui. Le soir, John venait avec sa deuxième épouse. Il ne pouvait raté cela. La vie de famille avait été souvent malmenée, ces temps derniers.

Pas question de faire des heures supplémentaires.

En rentrant chez lui, l'orage était passé. Les routes étaient mouillées et la circulation bloquait souvent. Il arriva, malgré tout, en retard, mais son épouse ne fit pas trop de remarques à c sujet.

Le lendemain, Van Dorp commença la journée avec la consultation du reste de l'auditoire de feu Williamson. Rien de palpitant pour l'enquête à se mettre sous la dent. Quand il parlait de son accompagnatrice, les sourires narquois ne sortaient pas des préoccupations sexuelles. Aucune approche plus circonstanciée sur le caractère de la personne en cause. Miss Johnson cachait, apparemment, son jeu intérieur derrière son apparence. Personne n'avait creusé plus loin.  

11:00, le lendemain, coup de fil.

-Chef, le nom Bitoni était bien sur les listes des passagers. L'avion a atterri à 19:15 à l'aéroport de Nice. Après on perd sa trace. J'ai pris contact avec nos homologues de Nice. Aucun hôtel n'a eu ce nom sur sa liste, d'après eux.

-Ok. Continue. La piste, n'est pas sûr, mais elle vaut la peine d'être suivie. N'oublie pas celle de la belle ingénue, par ici. Préviens moi dès qu'il y a du nouveau, dit-il avec un sourire dans la voix.

-Attendez, je ne vous ai pas tout dit. Si pour la dame de "gentille vertu" n'a pas laissé de traces, ce n'est pas tout à fait vrai pour le soi-disant journaliste.

-Ah...

-Oui, j'ai suivi l'affaire par Internet. Le jour du drame, un article étrange est paru sur les forums. Il parlait d'un viol qui tournait autour de Williamson. Un certain Éléphant Rose en était l'auteur. Je vous le donne en mille, l'adresse de la zone WiFi qui a servi est l'Hôtel Métropole. Vous pensez bien que j'ai passé l'info au CCU, vous savez la Computer Crime Unit, notre service informatique qui pourait remonter à la source. Le lien est peut-être une coïncidence, mais vous savez que les coïncidences sont souvent très fortuites.

-Comme tu dis. Non, vas-y. Carte blanche.

Nice, pas vraiment très près de Bordeaux, ça, c'est sûr, pensait Van Dorp. Alors, si Internet s'y mettait dans le jeu de quille... Les histoires de IP n'était pas sa tasse de thé. Il n'aimait pas trop déléguer totalement, mais quand on ne se sent pas dans son élément, valait mieux lâcher du lest pour des spécialistes.

Habitait-il à Nice ou dans la région, ce Bitoni d'ailleurs?

La piste dans le réel s'arrêtait un peu trop vite à son gré.

Une trace virtuelle. Pourquoi pas?

Faut aller avec son époque, pensait Van Dorp.

20:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Oh l'affaire! Je flaire que l'auteur va nous mener tout droit dans un beau piège à c... tendu par une organisation occulte à un pauvre mec qui aime les forums. Mais je vais trop vite. Ça sent déjà terriblement mauvais. Bon à mercredi pour éclaircir ce merdier, si l'auteur nous donne des pistes et des indices... à nous mettre sous la dent ;-)

Écrit par : Pierre R. Chantelois | 28/07/2011

Cela peut être pire que cela. Plus mauvais.
Je découvre, en même temps que vous, ce qui va se passer.
:-)

Écrit par : L'enfoiré | 29/07/2011

Les commentaires sont fermés.