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29/06/2011

16-Dans l'ombre des extrêmes

« Les extrêmes marquent la frontière au-delà de laquelle la vie prend fin, et la passion de l'extrémisme, en art comme en politique, est désir déguisé de mort. », Milan Kundera dans l'Insoutenable légèreté de l'âme

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Quelque part à Amsterdam, dans un appartement luxueux. Jan Van Koel réfléchissait en regardant sur les canaux par la fenêtre. La situation n'était pas claire. Si à Bruxelles, tous s'était bien passé comme il le désirait, à Paris, cela avait quelque peu foiré.

Deux affaires réglées, alors qu'il était planifié d'en passer le double dans la même journée.

La police avait désormais une foule d'indices. Trop d'indices.

Éléphant Rose l'avait, en plus, contrarié dans ses plans. Il ne se rappelait que du premier pseudo utilisé par Luc. Derrière ce pseudo, celui-ci avait pris trop de liberté qui ne plaisait pas à Jan, son commanditaire, son sponsor comme il aimait le penser. Son intuition maladive, presque féminine, son scepticisme l'avaient mis dans le désarrois. Il faut dire qu'il avait quelques lunes à son actif.

Depuis qu'il avait reçu le dernier rapport de Marika, le doute s'était installé dans son esprit. Ce rapport était toujours très détaillé, presque heure par heure. Toutes les circonvolutions de Luc y étaient mentionnées.

Son plan devait se faire dans la discrétion, en crescendo et sans fanfares ni trompettes jusqu'au moment opportun. Pas de publicité, ni d'interfaces malheureux.

La docilité vis-à-vis du "système" était la seule manière d'envisager sa réussite. Jan l'avait créé et l'avait imposé à tous ses membres. Ses membres auxiliaires n’étaient évidemment pas dans le coup.

Il se rappelait du choix de Luc comme auxiliaire. Il avait été contre ce choix, mais avait dû se résigner aux arguments et aux résultats des votes des autres membres, pris à main levée lors d'une réunion.

L'organisation n'avait pas été compromise, mais il fallait prendre plus de précautions.

Jan aimait les gens qui agissent au doigt et à l’œil, sans réfléchir, comme il l’avait fait dans sa jeunesse, à l'armée.

Pas d'actes gratuits qui sortaient de la stratégie. Seulement des actes à valeur ajoutée pour l'organisation.

C'est alors, que le téléphone sonna.

-Vic De Storm, à l'appareil. Êtes-vous au courant qu’Éléphant Rose avait siphonné son compte? Vous n'avez pas, vous-même, soldé son compte, tout de même?

Vic était le trésorier du groupe. Jan restait la patron. Il avait apporté la plus grande cotisation et le projet. L'argent, pour lui, n'était pas le problème.

Le fait que Luc ait pu vider le compte ne l'inquiétait pas, mais c'était l'action, elle-même, qui le gênait.

Jan avait fait fortune plusieurs fois. Dans le pétrole d'abord, quand le pétrole se raréfiait et que les prix étaient à la hausse, alors qu'il avait fait son marché à une époque où le commun des mortels estimait que les prix de cet or noir végétaient au raz des pâquerettes. Ce fut les métaux, ensuite. Ceux qui devenaient rares et qui servaient à toutes les occasions dans la production des gadgets de l'électronique. Chacun avait apporté l'effet de levier à sa fortune. D'une famille d'afrikaners, l'Afrique du Sud avait été son champ de bataille préféré pendant la période de l'apartheid. Il était imbattable sur les cours des matières premières. Les cours de sociétés ne l'intéressaient pas. Sa dernière trouvaille était l'or.

Acheter la rumeur et vendre le produit fini, c'était sa stratégie fondamentale. Sortir des marchés dès que ceux-ci présentaient les premiers accès de faiblesses pour se relancer dans un autre créneau que personne n'avait encore décelé auparavant, représentait toute sa stratégie financière et commerciale. En fin psychologue, il avait l'aide de son intuition, son arme de persuasion personnel, comme il le disait.

Sans rien faire, rien qu'avec des placements judicieux, il pouvait reconstituer n'importe quel trou sans entamer le capital. Enfin, capital, dans son cas était un grand mot. Il était réparti dans beaucoup de pays et dans beaucoup de domaines. Alors, l'argent cannibalisé par Luc, il n'en ferait aucun drame en temps normal.

Le problème, il n'était pas dans un état normal. Politiquement, il rongeait son frein. Un coup d’État, il le savait, ne se crée plus par la force dans un pays, dit civilisé. Ce sera, donc, aux élections qu'il devait trouvé une entrée en politique dès que les marrons y seraient devenus assez chauds pour qu'il se propose de sortir de l'ombre.

Il ne "roulait" pour personne sinon pour lui-même et cela depuis longtemps. L'extrême gauche, l'extrême droite qui avait pris quelques échelons dans son pays ne l'émouvait pas outre mesure. Il ne faisait partie d'aucun parti politique sinon le sien qu'il tenait sous le manteau. Liquider ses ennemis et pousser les amis, vers le faux pas, au besoin quand ceux-ci prenaient trop la tangente. "Éliminer", pour suivre une vieille pub d'eau gazeuse, qu'il adoptait en visant la seule phase finale.

Jan avait l'âge de la retraite dans une autre vie active plus "standard". Des cheveux argentés avaient remplacé des blonds, du plus bel effet. Amis, plutôt qu'ennemis, son sourire malicieux ne dépareillait pas à son allure et lui donnait un aspect de séducteur d'âge mûr.

Il avait créé son groupe dans une sorte de baroud d'honneur, sans lui coller d'étiquette. Son bouquet final était de fomenter un coup d’État par une suite d'actes qui mettraient la population en émois. Une fois que la machine avait été chauffée à blanc, il serait arrivé comme un sauveur avec les paroles de rédemptions comme un Messie de la politique.

Pourtant, Jan exécrait la démocratie. Trop lente à réagir aux événements. Trop lourde à son gré.

Il finit par répondre.

- Non, j'ignorais. A-t-il prévenu? A-t-il envie de nous fausser compagnie?

- Je ne comprends pas la manœuvre. Le rapport de Marika ne donnait pas l'impression que cela puisse arriver. Éléphant Rose vient de déménager pour s'installer plus confortablement mais sans changer d'horizon. Il est toujours à Peille. Je proposerais d'attendre avant de recapitaliser son compte comme seule manière de voir venir.

-Bonne idée. Tout à fait d'accord avec toi, Vic. Cela ne me dit rien qui vaille. Qu'est-ce qui lui a fait changé d'optique? Je propose qu'on en discute ce soir.

-D'accord. Je préviens les autres. A 20 heures, comme d'habitude.

Et il raccrocha.

Un quart d'heure après, autre coup de fil.

- Salut Jan. Nos affaires progressent bien, non? Les flics semblent patauger dans nos petites manœuvres parisiennes. Karin est parvenue à passer entre les mailles du filet. Pouvions-nous espérer meilleure opportunité?

Vu la voix ferme de Steph, Jan n'avait aucun besoin pour lui ajouter un nom. L'optimiste de service, comme il l'appelait.

- Écoute Steph, je sais que tu es l'optimiste de la bande, mais les policiers de Paris sont sur le qui-vive. Ils ne sont pas cons, du tout. Nous devons rester très prudents. Nos mercenaires restent des hommes avec leurs erreurs de stratégie surtout que cette fois, ils l'ignore et n'en connaissent pas les pourtours, ni les buts de notre action. Comme je l'ai proposé à Vic, nous devons nous réunir pour en discuter et décider en commun accord de ce que nous devons faire, tout en restant discret pour que les médias ne sentent pas l'oignon. Sinon, je ne réponds plus de rien.

A 20 heures, les cinq membres du club étaient réunis autour de la table ronde du salon de Jan. La table était d'ailleurs plus grande que le nombre de convives présents.

Celui-ci ouvrit la séance.

- Je vous ai donné rendez-vous pour parler "stratégie". Éléphant Rose, vous savez notre gars de Peille, nous donne quelques soucis. Il plonge dans la caisse. Il a vidé son enveloppe. Je ne sais ce que cela signifie. Il était chargé de servir de bouc-émissaire, de disjoncteur, dans le cas de problèmes majeurs. Il était bien payé pour le travail qu'on lui demandait, mais il était seulement prié de ne pas nous gêner dans notre action. Vic et moi avons déjà décidé de clôturer temporairement son compte en attente d'être mieux informés. Alors, je pose la question, gardons-nous la confiance vis-à-vis de lui. En résumé: stop ou encore?

Steph prit la parole.

-C'est moi qui l'ai fait entrer dans le jeu de quilles. Il avait des dons indéniables pour foutre la merde dans les réseaux sociaux d'Internet. Sans emploi. Vivant chichement, il était la victime rêvée. Que dit Marika de ses états de services? Elle qui suit l'affaire avec beaucoup de maîtrise.

-Elle est peu loquace, ces derniers temps, sur le sujet. Rien ne semble troubler la "fête", mais...

Il prit un pause et un autre interlocuteur pris la parole.

-Je propose qu'on lui tende une perche. Qu'on l'envoie à nouveau sur le terrain des opérations dans une autre mission. Avons-nous encore Karin sur le terrain. Elle connaît notre organisation et nos buts.

- Absolument. Oui, Karin est toujours à l'affût. Puis, si, cela foire vraiment, que Marika nous trompe dans la foulée, on envoie Karin pour les éliminer.

Point suivant...

La démocratie à cinq, c'est fou comme cela allait plus vite.

Et Dieu dans tout cela, pourrait se dire le religieux, perdu dans ses pensées et sa conscience.

Jésus Christ, lui, il avait eu douze apôtres avec un traître, parmi eux.

On n'allait pas réécrire l'histoire depuis la nuit des temps.

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22/06/2011

17-Retour aux sources

« La vie ne peut être comprise qu'en remontant à sa source première. Cette source est à jamais douce et sans fin. », Swâmi Râmdâs

0.jpgLuc avait perdu le souffle après cette rafale de mots et d'idées. N'y tenant plus, il arrêta pour attendre la réaction de Marika qui vint laconique.

-Nous partons. J'en ai assez de faire l'idiote. Trop longtemps que ça dure à exécuter leurs ordres.

C'était à elle de prendre les conclusions de sa décision. Elle le fit avec plus de souplesse, le plus de calme qui tranchait avec celle de Luc. La chronologie des événements qui suivraient, étaient déjà dans sa tête.

-Je n'ai aucun contrat avec la taverne. Je vais contacter Marcel ou lui écrire un billet pour l'avertir qu'il devra chercher une autre aide. Je dirai que je dois retourner voir ma mère malade en Roumanie. Pas besoin d'avertir qui que ce soit du côté de nos employeurs, par contre. Ils s'apercevront dès lundi prochain que mon rapport hebdomadaire n'arrivera plus jamais, du moins par mes soins. Je n'ai pas d'autre passeport que l'officiel, mais nous sommes en Europe. Ce ne sera pas utile de le présenter par le train. Alors, viva Italia. J'ai toujours rêvé d'aller à Venise.

Luc en déduisait qu'elle avait compris qu'il fallait déguerpir de Peille sans demander son reste.

Lui devait encore téléphoner à son père. Celui-ci allait être étonné qu'il reprenne contact. Il essaya de contrôler son stress en lui disant plus calmement.

- Si tu savais comme je suis content que tu prennes cette décision. Pas sûr que ce soit la bonne solution de couper les ponts et ta contribution avec nos employeurs. Comme je l'ai fait, envoyer le mot de passe aux flics ne serait pas une mauvais idée comme alternative. Mais on peut le faire en dernière minutes. Le mieux serait, actuellement, que l'on reprenne son calme, que l'on rassemble toutes nos affaires transportables. Il n'y a plus de train aujourd'hui. Donnons-nous rendez-vous demain matin? Je préviens mon copain. Il nous mènera à la gare de Nice. Le train pour Venise est à 10:25, demain, j'ai vérifié, nous pourrions atteindre Venise en moins de quatre heures par le train. Tu as raison, pas question de prendre l'avion. Trop de contrôles aux aéroports. "Andiamo a Venezia", comme on dit chez moi. J'ai oublié de te dire: je t'aime, aussi.

L'aventure continuerait mais, sous d'autres cieux. Pas nécessairement plus clémente, cette aventure mais, de toutes manières, moins dangereuse pour deux touristes comme eux.

-Au fait, Luc, tu connais mon pseudo "Marika". Ce n'est pas mon prénom. Mon vrai nom est Maria Slowska. Un jour, peut-être, je te présenterai à mes parents. Ils ne connaissent pas de Marika. Tu verras, ils sont sympathiques et ils t'adopteront immédiatement. Ils pensent encore que j'ai un petit magasin à Paris, comme je leur ai écrit, Ils pensent que tout marche bien pour moi. Il vont être surpris.

-Maria. J'aime aussi. C'est le prénom de ma mère.

Luc, pris d'une envie indicible, l'embrassa sur les lèvres. Elles étaient fraîches, douces. Le baiser dura dans un plaisir partagé. Il n'était plus question de travailler, mais de, seulement, se préparer et puis faire l'amour. Se retrouver une dernière fois à Peille, ensemble.

Le lendemain, comme prévu, le copain de Luc conduisit Maria et Luc à Nice. Ils arrivèrent avec un peu d'avance à la gare de Nice.

Dans le train qui les emmenèrent vers Venise, Luc tenta une connexion Internet. Le WiFi était installé et, comble de bonheur, la connexion avait un bon débit. Plonger dans les mails fut sa réaction automatique.

Le plus ancien mail, chronologiquement qui n'avait pas encore été lu, était celui de ses ex-employeurs auxquels il n'avait pas donné de préavis de cessation d'activités. Un dialogue en style de "tchat" commençait entre des inconnus qui s'ignorent et ne savent vraiment plus qui est à l'autre bout.

-Cher Monsieur, Nous avons constaté que vous avez soldé votre compte? Avez-vous l'idée de nous faire faux-bond? Bien à vous".

La réponse apparaissait, à peine une heure après, dans le courriel suivant.

-Pas du tout. J'ai eu une opportunité d'achat de l'appartement que j'occupe actuellement. J'avais besoin de dix pour-cents du prix de la vente pour le compromis de l'acte d'achat. J'aime Peille. Je comprends votre surprise. J'aurais dû vous prévenir. Je suis prêt à plus de charges pour compenser. Bien à vous".

Décidément, la police française avait pris son rôle d'intermédiaire en porte-paroles de Luc, très au sérieux. Cela lui donnait une impression d'une force personnelle indicible par personnes interposées. Bien répondu, se disait-il.

Luc referma son netbook. Il se lova sur l'épaule de Maria qui avait pris une avance sur le l'investissement en sommeil.

Si tout allait bien, ils allaient arriver à Venise vers 21 heures. Le train avait quelques arrêts en cours de route.

Il avait téléphoné à son père. Il y eut des larmes sur le fil en aller et retour. Tous deux étaient heureux des retrouvailles après une dispute qui avait creusé un fossé entre eux. Une nouvelle vie se présentait sous les meilleurs auspices.

Son père l'attendrait à la sortie de la gare comme il était prévu.

La gare de Santa Lucia de Venise apparu à l'heure dite.

Ils descendirent du train encombrés de quelques bagages, à peine plus importants que le touriste habituel qu passerait des vacances à Venise. Toujours, très encombrée les quais de la gare. 

Un homme, seul, était dans la gare dans la foule. Luc n'eut aucune peine à le reconnaître. Pas eu le temps de vieillir, Papa, pensait Luc.

Le père fut tous sourires pour les accueillir. Maria suivait à quelques pas.

- Papa, voici, Maria dont je t'ai parlé. Je voudrais que tu l’accueille comme moi.

- Luc, tu as un goût du tonnerre. Ne laisse jamais Maria avec moi seul. Tu sais, un Italien arrive à oublier son âge. Je serais capable de lui faire la cour, dit-il, avec un accent chantant et en riant de ses bonnes paroles en embrassant sa future bru.

-Que dirait Maman? A mon avis, elle ne serait pas d'accord, répondit Luc. 

Ils rirent tous ensemble.

Une voiture Fiat que Luc ne connaissait pas, les emmena.

-Tu as changé ta vieille Mercedès, Papa?

-Bien sûr, quand on vieillit, il faut se réveiller plus promptement au volant. La Mercédes avait bien 10 ans et pour ne pas m'endormir au volant, j'avais besoin de quelque chose de plus nerveux, de plus moderne.

Moins d'une heure après, ce fut l'arrivée dans la maison familiale dans l'arrière pays près de Trévise. Traverser ainsi la Vénétie et y trouver la région la plus riche d'Italie, ce n'était pas difficile à l'admettre. Des villas anciennes, de vieilles maisons familiales se présentaient derrière des grilles en fer forgé et gardaient un certain charme médiéval. Les éloges de Maria faisaient rougir de fierté, le père de Luc.

A l'arrivée, la Mama les accueillit. Elle avait gardé moins de mots français dans son vocabulaire pour exprimer sa joie. Mais a-t-on besoin de mots dans ces cas-là?

Le rez-de-chaussée de la maison était devenu un gîte pour touristes.  Ils habitaient au premier étage.

Une chambre de libre, au rez-de-chaussée, une occasion rêvée pour une lune de miel, se dit Luc, en secret.

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15/06/2011

18-Epilogue à épisodes

"Dans la vie, quand on pense le dernier acte arrivé, on s'aperçoit souvent que la pièce ne se comprend pas sans son épilogue.", Richard Joly
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Quinze jours se passèrent.

Maria et Luc passaient de véritables vacances près de Venise. Le temps était superbe avec un léger vent pour refroidir l'atmosphère.

La vieille maison avait des chambres complètement rénovées récemment. Luc avait difficilement reconnu la chambre de sa jeunesse, tellement elle avait été changée, agrandie. Il y avait, depuis le départ de Luc, une annexe qui servait de petit restaurant pour servir les déjeuners avec vue sur le jardin.

 Luc se demandait comment il avait pu quitter tout cela.

 En cette arrière saison, il n'y avait que quelques couples de touristes dans trois autres chambres. Une maison d'hôtes, cela veut dire des repas servis à heures fixes et ensembles. Au petit restaurant du matin, le père de Luc avait organisé de petits soupers pour fêter le retour de l'enfant prodige. 

On riait souvent, à table. La région de Trévise est connue pour son vin et sa gastronomie. Les histoires et les anecdotes se succédaient. Pas question de raconter l'histoire vraie dans son entièreté. Tant de choses à se raconter sans pouvoir effleurer les parties trop noires du passé. Pas d'acte de contrition. Une véritable lune de miel, après le déluge de fiel qu'il avait déversé sur la Toile.

Luc était au paradis.  Maria et lui s'étaient mis d'accord sur un scénario probable, banal, très banal d'une rencontre fortuite. Selon celle-ci, il n'avait pas été viré. Il avait démissionné, récemment. Il voulait changer de vie. Revenir à ses premières amours. Retrouver le village et les copains. L’Italie lui manquait. Pour Maria, l'histoire du petit magasin dont elle avait rêvé, revenait avec de multiples histoires apportées par la seule imagination d'un rêve.     

Depuis son arrivée, il avait continué à consulter ce qui se passait sur Internet, mais il n'intervenait plus activement. Il avait délégué ses "affaires". Maria avait envoyé deux derniers rapports d'activités de Luc qui déviaient, très sensiblement, de la vérité pour donner du champ à leur fuite.

Tout allait décidément bien vite pour Luc qui nageait dans ce nouveau bonheur. Les sentiments par rapport à ce qu'il lisait, allaient de l'effroi à la jubilation en transitant par l'étonnement.

Il était devenu le spectateur du prolongement de sa propre histoire. Un roman feuilleton dont il connaissait les prémices mais pas le dénouement. Les épisodes défilaient comme une sorte de  thriller de l'été Indien dans cette arrière saison et prenaient forme au fur et à mesure, via ses mails. La presse française racontait les acquis de la police sans en connaîitre les artifices internes pour y arriver. Les mails donnaient leur préparation.

Manifestement, l'affaire avait monopolisé du monde à Interpol.

Le fil de l'histoire avait continué par la mission dont aurait dû être chargé Luc par ses ex-commanditaires. 

Il s’agissait d'aller déposer un sac qu'il trouverait à la consigne, au milieu de manifestants qui devaient avoir un meeting à Paris et dans d'autres villes. 

Luc se doutait bien du genre de colis qu'il pouvait s'agir. On poussait apparemment les choses dans le terrorisme. Le but était de désorganiser, de faire peur les foules. Actionné à distance par un émetteur, très probablement, une bombe devait faire sauter le colis.

La récupération du sac avait été normalement interceptée par la police. Le détonateur dégoupillé par le service de déminage et un sosie de Luc comme transporteur de la bombe désamorcée.

Un article d'un journal parisien relayait ce qui s'était passé à Paris avec un grand titre.

"Une tentative d'attentat a échoué à Paris".

L'article allait dans le détail mais ne racontait que ce que la police débitait comme informations, ni de la procédure d'évitement si ce n'est un contrôle de routine bien opportun qui avait remarqué un paquet suspect.

Il devait y avoir eu une filature qui avait dû suivre ou peut-être que la fameuse Karin avait été télescopée au préalable.

Mais, la pelote de laine tomba. Le fil se défit. La police remonta à la source, à Amsterdam. 

Du centre de la pelote de fil au dernier échelon, ce n'était pas rendu public, non révélé par la presse.

Il ne fallait pas donner peur à la foule avec descriptions trop précises.

Toute l'organisation se révéla ainsi, moins invincible que prévu par elle.

Il lut un entrefilet à la 3ème page d'un quotidien.

"Jan Van Koel, le grand argentier, a été retrouvé pendu dans sa maison d'Amsterdam".

Dans le même temps, Luc reçu un message à son adresse email qui lui était destiné.

- Monsieur Orsini alias Éléphant Rose, (vous permettez que je continue à vous appeler ainsi)

Vous avez probablement suivi l'affaire par nos interventions et par la presse. Nous n'avons pas suivi vos déplacements, même si nous savons que vous n'êtes plus à Peille.

Notre entente cordiale a porté ses fruits. L'organisation mafieuse a complètement été dissoute. Elle partait d'Amsterdam et avait quelques membres. Le principal organisateur, initiateur du projet s'est donné la mort avant que nous ayons eu le temps de l'appréhender. La police d'Amsterdam a capturé les autres membres à leur domicile. Nous avons conclu un pacte avec la presse pour que l'affaire reste assez discrète. Votre "chère" Karin, malgré notre discrétion nous échappait dans toutes les souricières que nous lui avons tendues. Je vous le donne en mille.

Nous avons remarqué qu’il devait y avoir une taupe dans nos service. Nous avons surpris une communication qui nous en donnait la preuve. Une fois que nous avons eu la confirmation, suite à un coup de téléphone de notre agent ripoux, il a fallu très peu de temps pour la piéger. Comme elle faisait partie de l'organisation, nous l'avons coincé et obligé à remonter les fils. Vous connaissez la suite.

Nous vous devons un peu plus d'informations. Interpol était déjà sur le coup d'une affaire d'organisation spécialisée dans le crime organisé, le blanchiment d'argent et de financement d'opérations illégales. Le lien avec ce que vous connaissez, n'avait pas été fait. Il y avait le marché des armes et celui des dettes qui permettaient de vivre dans cette organisation sans soucis d'être inquiété. Par la maîtrise de la dette, l'organisation espérait, ainsi, un jour, la maîtrise totale du monde. L'activité liée à l'or n'était qu'une couverture. C'était plutôt d'armes et contre-armes dans un machiavélisme sans fin.

Pas de justice, de sentimentalités dans cet environnement. Ce système dépasse l'humain avec un idéal qui ne l'effleure même pas, dans une chaîne de responsabilités assumée à chaque échelon. Après le Ponzi de la finance, nous assistions ainsi au Ponzi de l'ambition. Et l'ambition n'a pas de patrie. Ses antennes sont disséminées dans le monde. Nous pensions que l'organisation était intéressée par l'intrusion dans la politique. Fausse route.         

Pour arriver à ses buts, elle n'avait pas besoin de James Bond, mais de pigeons comme vous. Les fictions se doivent d'être logiques. Les réalités, elles, sont plus sournoises, plus chaotiques.

Les meurtres de Paris ont été perpétrés par l'intermédiaire de poisons cyanhydriques.

Vous avez échappé belle. Karin se préparait à descendre sur Peille après l'échec de l'attentat chez les indignés de Paris.  

C'est par l'intermédiaire de l'ordinateur du chef de l'organisation que nous avons appris tout cela. Comme leur chef était assez conservateur, les réunions virtuelles étaient enregistrées.

L'organisation a été ainsi décapitée.

Si un jour vous décidez de changer de métier et de rentrer dans la police, nous serions heureux de vous compter parmi nous, en freelance, en "pigeon autorisé".

Sinon, nous espérons, Van Dorp et moi, tout le bonheur du monde pour investir dans une autre vie.

Nous espérons que cette affaire vous aura fait réfléchir.

Devilier"   

Luc reposa son PC. Il regarda par la fenêtre. Le soleil était toujours là.

Rentrer dans la police? Rien qu'à l'idée, il en souriait.

Faire réfléchir? Cela, pas de doute.

Le virtuel avait rattrapé le réel et l'avait dépassé.

Il allait reprendre l'affaire de son père. C'était décidé de commun accord. Son PC gisait dans un coin de la pièce. Son père n'était pas doué de ce côté. Ce sera sa contribution. Maria avait pris contact avec ses parents en Roumanie. Un voyage là-bas était planifié. Peut-être un voyage de noce.

Il semblait nager dans le bonheur comme il ne l'avait jamais ressenti.

Maria bougea dans le lit. Elle se réveillait doucement. Elle s'étirait.

Elle lui souriait comme d'habitude à son réveil.

Deux semaines après, quelque part, à New York...

Du haut de son appartement, au 20ème étage, donnant sur Central Park, un homme encore jeune se fâche devant son ordinateur.

Il crie sa rage et prépare sa revanche. C'est l'héritier. Pas l'héritier naturel. Il ne porte pas le nom de Van Koel. Il n'est que son fils adoptif, son fils spirituel.

Il a toujours été tenu à l'écart, tapi dans l'ombre, mais, il a été tenu au courant de toutes les affaires par son père spirituel. 

Ce qui doit arriver, arrivera, peut-être, un jour.

Mais cela, comme on dit dans ces cas-là.

C'est, déjà, une autre histoire. 

20:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (5)