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21/09/2011

04-Une conférence à rebondissements

"L'esprit est le sel de la conversation, non sa nourriture.", William Hazlitt dans "Conférence sur les écrivains comiques anglais"

1.jpg16:20: La conférence de presse devait avoir lieu dans peu de temps. Se rafraîchir. Prendre la tête de l'emploi: un agent de la presse étrangère, avec une fausse carte, tout cela pouvait se faire.

Le porte-parole, Wim Williamson, devait occuper une autre chambre de l'hôtel. Rien que l'idée d'avoir sa victime à proximité, excitait Luc. Il avait pensé se renseigner à la réception et y avait renoncé très vite. Pourquoi le réceptionniste lui donnerait plus d'informations qu'à un autre journaliste ?

A 16:40, Luc se rendit à la salle de conférence confiant de recueillir les informations qui lui serviraient.

A l'entrée, plusieurs malabars faisaient obstruction, chargés de vérifier les accréditations. Moins aisé pour pénétrer dans l'enceinte que ce qu'il prévoyait. Ses craintes se révélèrent justifiées. Il fut lamentablement rejeté malgré toute son insistance, ne se trouvant pas dans la liste des invités. De guerre lasse, il lâcha prise et se réferra à son autre stratégie. En attendant, il décida de quitter l'hôtel et se plier à une balade touristique.

L'agitation de la ville, inhabituelle pour lui, donnait, en même temps, peur et excitation. Il manqua de se faire écraser en regardant en l'air. La Monnaie, la Grand Place, défilèrent devant ses yeux dans un flot incessant d'images. Cela lui donnait le tournis.

Une heure plus tard, la conférence devait être terminée. A contre cœur, il revint à l'hôtel. Le Robin des Bois de l'information avait excité les journalistes. Une photo du personnage avec un sourire engageant était à l'entrée de la salle, ce qui donnait déjà plus qu'un portrait-robot de Williamson.

Cette fois, il s'adressa immédiatement à son sujet au réceptionniste.

-Monsieur Williamson est-il encore résident dans l'hôtel?

-Oui, je crois, Monsieur, répondit-il, après un regard vers les boîtiers porte-clés des chambres.

On ne donne pas ce genre d'information au premier venu.

-Doit-il avoir une autre conférence, ici ou ailleurs? Je suis journaliste, mais j'ai raté sa présentation.

-Je ne pourrais vous le dire, cher Monsieur.

Il ne savait rien. Ne cherchait pas à savoir. Pas question d'insister, avec de telles réponses peu constructives.
Visiblement, le réceptionniste voulait se débarrasser de cet interrogateur, interrompu par des clients qui demandaient la clé pendue au crochet correspondant de leur chambre.
Luc devait surfer sur la vague de questions mais ne pas éveiller trop de soupçons. Il en vint à penser quitter de guerre lasse. Tout semblait perdu cette fois. Il ne connaissait pas les habitudes où tout se résout par une légère avance sur investissements.

Hors, il fallait du concret. Du pur et dur, vérifiable en plus.
Le réceptionniste se tourna vers l'un des clients qui cherchait sa clé.

-Cher Monsieur, n'avez-vous pas assisté à la présentation de Monsieur Williamson?, lui demanda-t-il.

-Oui, pourquoi?

-Pourrais-je vous demander d'informer ce journaliste à ce sujet?

Un large sourire en se retournant vers Luc. Visiblement, être interrogé par un journaliste restait toujours une sensibilité que ne rejetait pas, d'office, un passionné du monde des "people".

-Bien sûr. Avec plaisir.

-Nous pourrions nous installer dans le café pour en discuter si vous avez le temps, lança Luc.

Ils allèrent s'assoir dans la taverne. Luc se réserva une place proche du hall pour suivre le passage.

Le décor était planté.

Un touriste aurait aimé ce décor, mais Luc était en service commandé, même s'il pouvait, très bien, meubler des instants perdus.

Le café donnait sur la place de Brouckere. Celle-ci permettait, à peine, de revenir à un Bruxelles d'une époque révolue. Le hall de l'hôtel valait également son pesant d'or. Des dorures pleins les murs. De l'Art déco, grand siècle. Un ascenseur avec portes en fer travaillé ou un escalier de marbre permettait de se rendre dans les chambres.
A l'intérieur, galerie de glaces, fauteuils en cuir, garçons qui cachaient leurs pantalons derrière de longs tabliers jusqu'aux chevilles pour rappeler les époques héroïques des brasseurs, s'ils l'attiraient du regard, Luc avait une mission.

Tout en questionnant son interlocuteur, il n'arrêtait pas de lancer des coups d'œil furtifs, au dessus de l'épaule de son interlocuteur.

-Que puis-je vous offrir? dit Luc, pour rassurer son interlocuteur, sachant que les langues se délient avec un peu d'alcool bien ajusté aux besoins de la tâche.

Quelques généralités, quelques détails pour huiler l'atmosphère et l'inconnu commença à débiter tout ce qu'il avait appris lors de la présentation sans gènes.  

C'était un ancien collègue de Wiliamson. Ils avaient travaillé ensemble dans l'agronomie, il y avait une dizaine d'années. Cela lui avait valu cette autorisation d'assister à cette conférence. Quelques souvenirs lui revenaient en mémoires. Wiliamson avait été dégoutté par son ancien métier et était devenu activiste dans cette organisation qui attaquaient les plates bandes des producteurs de nourriture, de gadgets du modernisme. Ce passage l'avait rendu très différent, plus distant, un peu paranoïa, mystique. En fait, il ne le reconnaissait plus totalement. L'humour de son ancien collègue, l'avait quitté dans ce nouveau job de porte-parole. Son discours avait refleté cet état d'esprit. 

Au fur et à mesure que les verres se remplissaient, l'intimisme s'invita dans la conversation. La soirée s'avançait. La chaleur de leurs relations augmentaient. Chacun avait oublié la profession fictive ou réelle de l'autre. Ils étaient devenus de nouveaux amis.

Les histoires piquantes, voilà ce qui intéressait Luc, au plus haut point.
Il notait tout dans son carnet, bien que tout ne l'intéressait pas. Beaucoup d'informations ne lui serviraient probablement jamais, mais il ne pouvait montrer le but réel et l'intérêt qu'il pourrait trouver dans son interview.

En résumé, Williamson apparaissait, comme un joyeux drill, très intéressé par le sexe féminin. Une histoire ancienne de viol avait même fait partie de son histoire ancienne.

Intéressant, se dit Luc. Cet intérêt n'était, d'ailleurs, pas disparu.
Une vamp, genre top modèle, l'avait accompagné pendant toute la présentation et elle n'était pas passée inaperçue.

La bagatelle, le faiblesse d'un homme, Luc les imaginait déjà dans sa stratégie de combat, comme idée pour atteindre sa proie. Les heures avaient passé. Cela commençait à lui peser.

Luc buvait, c'est sûr, mais gardait le contrôle contrairement à son interlocuteur. Les bulles de champagne le laissaient froid, mais il fallait faire bonne figure devant ces choses réservées aux riches quand on n'y est pas habitué. Luc commençait à dépasser pourtant le point de virage vers une euphorie plus artificielle. Il fallait rompre l'entretien qu'il sentait devenir infructueux.

Un coup d'œil par dessus l'épaule et il vit un couple qui descendait de l'escalier de marbre.

La fille avait un décolleté à faire perdre l'âme des Saints.

Très amoureuse, elle embrassait le cou de l'homme qui l'accompagnait, avec tendresse. Ils s'attardèrent devant le comptoir de la réception. Elle souriait, enjôleuse, câlinant son partenaire qui ne semblait pas s'en inquiéter. La photo qu'il avait vu de Willamson, correspondait, en plus décontracté. Son interlocuteur du moment, de dos, ne l'avait pas encore remarqué.

Était-elle une call girl? Était-ce son égérie du moment?

Les questions se percutaient dans la tête de Luc, mais il restait un homme, aussi.

Luc qui n'avait pas eu de contacts sexuels depuis longtemps. Les charmes ne le laissaient pas indifférents. Il avait envie aller voir le spectacle de plus près. Les suivre si c'était possible.

Comme envoûté, il se leva.
Un serrement de main, un prétexte pour se sortir de ce tête à tête, des cartes de visite échangées, Luc abandonna ainsi son informateur de fortune.

-L'addition, de la table dans le coin, c'est pour moi, chambre 225, lança-t-il au garçon et gagna la réception.

Il ne s'inquiéta déjà plus de son informateur. Laissé seul, il lançait un regard circulaire, incrédule. Il n'avait même pas eu le temps de recevoir une date, un nom du magazine dans lequel, il pouvait lire les conclusions de cette rencontre, pas une photo souvenir de leur rencontre. Rien.  Laissé pour compte, il n'avait manifestement, pas tout compris. L'alcool l'avait, heureusement, avachi quelque peu. Trop lourd sur ses jambes, il n'imagina pas de suivre Luc pour lui demander son reste.

Le couple, lui, avait déjà vidé les lieux. Un taxi avait dû les capter vers d'autres horizons.

Raté. Luc ne connaissait pas la destination du couple.
Il revint penaud, oublieux des heures passées.

Luc était remonté, très vite, dans sa chambre.

Avant d'aller dormir, il fit un rapport circonstancié à ses commanditaires. Il n'avait rien de bien croustillant à leur servir. Vraiment, pas très gras, ce rapport. Il se proposa d'écrire quelques lignes sur Internet pour extrapoler les propos de son interlocuteur de la soirée. Il inventa une histoire de viol dont il avait entendu les propos de la part de son informateur et qui avait généré son hilarité.

Il se mit sous les draps. Il transpirait, suintait de partout, pas vraiment content de lui. Un manque d'idées l'interpellait allongé sur son lit. Il s'endormit, le PC à proximité, sur la couverture.

Les draps de soie lui apportèrent, seulement longtemps après, la douceur et le calme. Il se mit à rêver de la fille qu'il avait entrevu l'espace de quelques minutes. La brune de ses rêves était devant lui, nue et impudique.

Elle se tortillait de plaisir. Se caressait les seins. Luc ne se rappelait plus avoir connu ce genre d'événement depuis longtemps.

Elle occupa les dernières heures de sommeil.
C'est alors qu'une sonnerie perça le silence entendu entrecoupés d'halètements.

Ce n'était qu'un rêve.  Il était temps qu'il prenne une douche.

Il s'étira, se leva, se mit, sur le dos, la robe de chambre blanche de l'hôtel.

Un doigt sous l'eau de la douche pour vérifier la douceur moyenne qui s'écoulait.
Sous la douche, cela dura bien un quart d'heure, cet exercice de retour à la normale.
Ses idées étaient remises en place par un dernier jet de froid dans les derniers moments.

Revenir à l'histoire de départ, aux sources. Il alluma son netbook.

Un coup d’œil sur les informations locales du jour. Son histoire avait généré, à peine, quelques commentaires sur Internet. Pas vraiment de quoi fouetter un chat.

Des affaires typiquement belges, dont il ne connaissait rien, défilaient devant ses yeux.

Tout à coup, un article avec une photo, attira son attention.

Le titre: « Wim Williamson a été retrouvé mort ».

La photo ne datait pas d'hier, mais il s'agissait bien de sa proie. Pas de doute.

Il commença à lire.

« Wim Williamson avait quitté l'hôtel Metropole, après sa conférence. Il était accompagné de Miss Johnson. Ce matin, sur un chemin peu fréquenté, près de Laeken, il a été retrouvé sans vie par un passant qui a prévenu la police. Le service de secours de la police n'a pu que confirmer le décès. Miss Johnson avait disparu. Elle est, depuis, activement recherchée. La police a commencé son enquête et s'est rendu à l'hôtel. ».

L'article se trouvait dans la rubrique « Faits divers ». Luc ne l'aurait même pas lue, sans la photo.

La fascination que la femme avait fait sur lui, s'estompait. Pas question de fredaines. Il avait un job et voilà que l'histoire se terminait en queue de poisson.

Il reprit ses notes qu'il avait écrites la veille.
Et si Williamson avait été assassiné par cette call girl? Son manège était peut-être tout à fait fictif.
De proche en proche, l'idée se développait dans sa tête.

Les vérités dépassent souvent la fiction. Elles font partie de l'illusion, des allusions et de leur interprétation.

Broder sur ce genre d'histoire pour lui donner plus de peps, il y pensa. Lui donner l'accent de la vérité, c'était affaire de spécialiste.
Il suffirait de se mettre dans la peau du violeur pour trouver les raisons et les phases.

Il relut par trois fois et envoya l'info brodée sur plusieurs forums.

Éléphant rose devait reprendre du service. Les poissons mordraient-ils? On verrait, plus tard.

Comme on dit, il n'y a pas de fumée sans feu. Et mettre le feu, il était passé maître.
S'il apprenait un démenti, quelques jours plus tard, qui pourrait le médire?

Williamson avait été, trop peu de temps, dans son filet. Luc n'avait pas eu le temps de régler les mailles de ce filet, à la bonne dimension et lui avait échappé.

Il fallait remonter à la source et faire exploser le pot aux roses au complet.

Dire, contredire, médire, redire, voilà des mots qui ont des racines communes, mais il fallait de la matière pour les mettre dans le bon ordre.

C'était l'heure de descendre pour prendre le petit déjeuner. Il régnait une animation inhabituelle dans l'hôtel. Des allées et venues qui démontrait l'exception de la situation.

Dans la matinée, on avait ébruité la nouvelle. Elle se répandait comme une traînée de poudre. C'était le sujet de conversation principal. L'idée d'un assassinat crapuleux, simple, n'était pas le meilleur type d'informations des journalistes. Il fallait du suspense, de l'émotion.

La prochaine conférence de presse de Williamson, à Copenhague, avait été annulée. Le groupe devait très vite rechercher un nouveau porte-parole.

Le stratagème de Eléphant Rose devait avoir été d'un très faible impact. Mais, qui sait...

Décidément, il aimait les côtés fortuits de la vie.
Il reçu un mail de ses employeurs qui n'étaient pas mécontents. Ils augmentaient même ses émoluments.

Il n'en cru pas ses yeux. Qu'avait-il fait pour mériter cela?

Ils lui demandaient de préparer une visite à Paris, pour la semaine suivante, de réserver un place dans le Thalys, au départ de Bruxelles ou de chez lui, pour une autre mission dont les implications allaient lui parvenir très bientôt.

Pour se faire pardonner, il se jura de suivre l'affaire les jours qui suivent et ainsi justifier son augmentation de salaires.

Il quitta l'hôtel après avoir payé la facture dont il fut surpris de l'importance, lui-même.

La carte de crédit faisait, vraiment, l'homme d'aujourd'hui. Le travail doit toujours être payé à sa juste valeur. Le problème c'est que la valeur des choses était seulement différente en fonction de ses utilisateurs. Il le remarquait dans ce transfert vers cette nouvelle vie. Pour le justifier, il enverrait ses notes de frais avec les actions prises.

Ses supérieurs hiérarchiques dont il ne connaissait même pas les noms, devaient accepter qu'il avait pris un départ mitigé. En moins de deux jours, il avait abordé un problème qui ne se présentait pas de bonne augure.

Ses employeurs étaient contents.

Pourquoi lui ne l'était pas complètement? Un goût de trop peu ou un malaise moins précis?

20:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Je pressens que ce Luc aura une vie mouvementée à très court terme. Un cadavre jonche déjà la route de ce baroudeur. Et mon pif m'indique qu'il est possible que cette mystérieuse Miss Johnson va réapparaître. Intéressant, mon cher Watson!!!

Écrit par : Pierre R. Chantelois | 15/07/2011

Et oui, Pierre, la vie n'est pas un long fleuve tranquille.
Plus tu reçois de pognon, plus tu prends de risques!!!

Écrit par : L'enfoiré | 15/07/2011

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