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28/09/2011

03-Première affaire

« Les hommes donnent l'impulsion aux affaires, et les affaires entraînent les hommes. », Duc de Lévis dans « Maximes politiques »

1.jpgLe premier message et la carte de crédit arrivèrent le lendemain. Luc la testa dès sa réception au distributeur automatique sur la place du village. Elle cracha les billets demandés sans problèmes. Il se retrouvait ainsi, avec une somme qu'il n'avait plus eu en mains depuis longtemps. Il n'osa pas aller trop loin pour une première fois. Mais se rappelait-il encore du prix des choses dans le monde en pleine lumière?

La victime désignée par ses nouveaux patrons, apparaissait en pleine actualité. Il s'agissait d'un site citoyen qui torpillait les entreprises commerciales en dénigrant et contestant la valeur de leurs productions. Pour un coup d'essais, c'était un gros morceau.

Depuis quelques temps, il y avait un site "infocontest.org" qui faisait la une de quelques journaux à sensation. Ce site était basé sur plusieurs fronts avait des boîtes aux lettres comme outils de guerre. Très souple, l'organisation qui se cachait derrière ce site, était financée par des dons de particuliers et de consommateurs anonymes. Des sortes de subsidiaires, sans véritable pignon sur rue, sévissaient dans beaucoup de domaines sur quelques pays d'occident. Ils révélaient des informations stratégiques, des agissements de quelques multinationales impliquées dans des magouilles du profit. De véritables tartes à la crème lancées à la tête des puissants. Cela allait de la pharmacie, à la nourriture industrielle, aux produits de nettoyages, aux risques chimiques. Un mélange de soupçons, de rumeurs confirmées ou d'histoires démontrées, se partageaient les informations divulguées en partant dans tous les sens.

La presse officielle, suiveuse, avaient déjà pris la relève et en profitait en faisant ses choux gras. Les preuves de leurs sources étaient, parfois, sujettes à caution ou brillaient par leur absence. Le dicton de penser qu'il n'y a pas de fumée sans feu, faisait le reste de l'introspection. Ils avaient inondé la place du renseignement litigieux, en centralisant les informations délicates en faisant ressortir les boîtes à souvenirs. Manifestement, il y avait à leurs bords, des experts dans des disciplines diverses, d'anciens espions reconvertis, d'anciens employés, devenus dissidents. Une véritable mouvance dont l'efficacité, le militantisme, ne faisaient aucune doute et constituait une véritable machine à scoop pour la presse. Des services de "contre-espionnage" avaient eu beau chercher à localiser les corbeaux, ils n'en trouvaient pas le noyau et les vrais commanditaires. 

L'annonce qu'un de leurs représentants allait sortir de l'ombre pour donner plus de poids médiatique au site, devait attiré les curieux. Un représentant? Quel représentant? Était-il le patron ou un sous-fifre de cette organisation secrète? Pourquoi pas un faux représentant? Tout le monde étaient dans l'expectative. Allait-on l'attendre au tournant pour l'arrêter? Les consommateurs allaient-ils leur prêter le bouclier nécessaire? Arrêter un tel représentant, à découvert, n'aurait pas nécessairement apporter la solution finale par l'éradication du site. Certains autres soutenaient l'initiative et étaient prêt, au besoin, à relancer la "machine de guerre", ailleurs. Les autorités savaient que créer un nouveau martyr de l'information à cette sacro-sainte liberté de la presse, n'aurait pas été la bonne idée du siècle. Cette sortie de l'ombre allait s'effectuer sous la forme d'une conférence de presse, à Bruxelles, dans le grand Hôtel Metropole. La ville avait, probablement, été choisie pour sa force de frappe comme capitale de l'Europe. 

Luc était chargé d'apporter son contrepoids d'après le dernier mail. Mais, quel « poids » viser en premier? La publicité commerciale était déjà filtrée par des organismes officiels. Il fallait donc aller plus loin, user de techniques de sape, plus fines sans tenter un coup d'éclat. Ce challenge pourrait faire peur, mais excitait l'esprit de Luc.

Il avait entendu cette sortie par les journaux et le web, mais il ne s'était pas intéressé à ce groupe de rebelles. Il en était impressionné, soufflé même, par leurs savoirs, mais cela s'arrêtait là. Cette fois, il devait creuser un peu plus cette source pour la contrer.

S'attaquer à ce qu'on appelait « forteresse », c'était incontestablement une mise à l'épreuve.

Comment allait-il pouvoir mettre quelques bâtons dans leurs roues?

Un sacré gros morceau que ce site international, qui prenait des allures de pieuvre. Si les États avaient eu du mal à les atteindre, comment pouvait-il espérer faire mieux?  Devenir une taupe?

Il se mit à lire tout ce qui se disait autour de ce site. Il fallait remonter la filière en une semaine. Ce qui était à première vue, impossible ou très peu vraisemblable.

Aller vite, bien sûr. Avec légèreté. Mais par quel bout le prendre?

Le soir, du mardi, il en connaissait plus, après avoir consulté une série de journaux, de sites Internet qui en parlaient. La conférence de presse à Bruxelles était prévue pour le lendemain.

Luc n'avait pas encore terminé son souper que la décision était prise, il fallait aller sur place et y assister ou se renseigner au pire dans l'entourage du conférencier qui avait pris autant d'importance aux yeux de ses nouveaux employeurs.

Il téléphona pour réserver une place dans le vol du lendemain 12:00 entre Nice et Bruxelles et une chambre dans l'hôtel. Un coup de fil à un copain pour se faire conduire de son nid d'aigle de Peille jusqu'à l'aéroport. Un mail pour avertir ses nouveaux employeurs de ses intentions.

Il s'était confectionné une fausse carte de presse, qu'il n'avait jusqu'ici, jamais utilisée.

Dans son lit, Luc ébaucha une stratégie avec deux options, soit il arrivait à assister à la conférence, soit il la ratait pour n'importe quelle raison.

Il dormit encore moins que d'habitude en repassant mentalement les événements de la journée jusqu'aux petites heures du matin.

Son réveil fut difficile. Une nuit, perdue dans des réflexions, sans réelle valeur ajoutée.

Un café très serré lui permit de penser que la journée pouvait, néanmoins, être bonne.

Il n'était jamais allé à Bruxelles. Cette escapade allait ajouter l'utile à l'agréable.

Luc s'apprêta calmement. Il avait le temps. Puis, il monta aux travers des ruelles jusqu'à la route qui surplombait le village et le petit parking du village. Très vite plein, celui-là en cette saison.

A 9 heures précise, son copain arriva à bord de sa vieille camionnette.

Son ami ne lui avait pas fait faux bond. Le ciel était plombé.

-Cela faisait longtemps que tu n'as pas fait appel à mes services, dit-il l'air enjoué.

-Il est possible que cela ne sera pas la dernière, répondit Luc

La descente vers l'aéroport de Nice commença. La pluie avait remplacé le soleil étouffant des derniers jours et il fallait faire attention de ne pas déraper dans le précipice.

La conversation ne fut, dès lors, pas très animée. D'abord, des histoires du village sans importance. Luc restait distant. Son copain avait senti une différence dans l'attitude de Luc et il lui fit remarquer.

-Tu es bizarre. Tu n'avais pas l'habitude de regarder le paysage. Tu as l'air joyeux et pourtant tu es peu loquace.

-Je suis absorbé par une affaire en cours. Excuse-moi.

-Toi, une affaire? C'est nouveau. T'as décrocher le gros lot? Un nouveau job?

-Peut-être.

Luc n'en dit pas plus. Son copain comprit qu'il ne pouvait plus rien en tirer.

Arrivé à l'aéroport, Luc s'enquit de son billet d'avion commandé par Internet. Il avait encore le temps. Le vol était toujours prévu à midi. Une place de première, il fallait bien ça pour marquer le changement de tempo. Monté dans l'avion, le champagne qui lui fut offert avec un repas, lui apporta l'extase qu'il n'avait plus connu depuis longtemps.

Dans son fauteuil, il savourait ces instants et se félicitait d'avoir accepté ce contrat plein de surprises. L'aventure, c'était l'aventure. Il jubilait.

Une petite ambiance d'agent secret était loin de lui déplaire. En service commandé, voilà, James Bond 009, l'homme qui venait du chaud et allait vers le froid du Nord.

Il s'imagina un nouveau nom d'emprunt. Un nom qui sonnerait bien avec son goût de mystère.

A 13:20, l'atterrissage. Il arriverait, peut-être, encore à l'heure de la conférence de presse prévue pour 17 heures.

Il avait juste eu le temps de réserver une chambre dans le même hôtel Métropole qui lui paraissait parfaitement à la hauteur de ses ambitions.

Une petite valise traînée à bout de bras avait suffi. Il n'eut aucune peine à sortir de l'aéroport et prendre un taxi jusqu'à l'hôtel.

Le taxi roulait vite sur la route qui le menait de l'aéroport vers le centre de la ville. Luc n'avait d'yeux que vers la vitre et les faubourg de la ville qui défilait. Le taxi-man avait tenté d'entamer la conversation. Sans succès.

La vue l'absorbait. Tout était différent de chez lui, de son patelin de Peille, tout en hauteurs, bien tranquille, trop tranquille pour des citadins. Le temps était ensoleillé et frais. Bien meilleur que celui qu'il avait quitté une heure, plus tôt.

Sur une grande place, le taxi lui dit qu'il était arrivé à l'hôtel Metropole. Il s'enquit du nom « Place de Brouckere ».

Une entrée monumentale, aux yeux de Luc. A l'entrée, un beefeater très British, en habit, vint à la rencontre du taxi pour se charger d'éventuels bagages. Il retourna à la place qu'il occupait, voyant l'inutilité de sa démarche. Un réceptionniste grand style et obséquieux au fond de l'hôtel, lui fournit sa clé. Bientôt, la chambre et un peu de repos pour  organiser ce kaléidoscope d'images qu'il avait dû absorber à trop grande vitesse. A côté de son deux pièces, dans laquelle il nouait les deux bouts, depuis des années, le contraste du luxe était agressif. Que de dorures à se farcir en l'espace de quelques minutes.

Un bain, une vérification répétée de tout ce qui pouvait tourner, s'éteindre ou s'allumer dans son entourage de luxe, constituèrent ses premières préoccupations. Luc se sentait pousser les ailes d'un ange dans un paradis qu'il n'avait jamais connu. Un bain, plutôt qu'une douche, avec le petit flacon mousseux, c'était parfait.

Vite l'ordinateur pour la connexion wifi. Le code... Oui, ça marche. Le monde était toujours accessible. Le monde n'était pas à lui, mais il y prenait un peu plus d'espace.

La chasse à l'info, à la victime consentante ou forcée de l'être, pouvait recommencer.

Il avait le temps pour penser à sa "mission délicate".

20:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Bon Le protagoniste a le temps pour penser à sa mission délicate. Avons-nous, nous pôvres lecteurs, le temps d'attendre la suite? Cruauté d'auteur. Je vais mettre mes cachets contre les maux de tête sur ma table de chevet. Et je vais patienter. Quel premier défi! Se tailler avec une organisation multinationale n'est pas une mince affaire. Je patiente. C'est promis.

Écrit par : Pierre R. Chantelois | 07/07/2011

Cruauté d'auteur. Je vous fait languir. J'en suis conscient.
Toutes mes excuses. :-)

Écrit par : L'enfoiré | 07/07/2011

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