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05/10/2011

02-Le contrat

"Les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n'ont rien.", Jean-Jacques Rousseau dans "Contrat social"

1.jpgUn courriel comme il venait de recevoir, Luc s'en méfiait d'habitude.

Aucune signature. Une adresse impersonnelle "ygh654.com" qui ne donnait aucun indice sur la provenance. Pas de portrait-robot d'un personnage ou d'une organisation à se dessiner, ne fut-ce qu'en rêve. Comment ce message n'était-il pas passer par la voie normale des spams?

Ce n'était pas l'offre bidon qui propose de gagner un million de dollars en réceptionnant une somme d'argent à partir d'un pays africain, pour en espérer un pourcentage, à condition de payer quelques frais de dossier avant de commencer. Trop connue, celle-là.

Non, cette fois, il y avait un travail à accomplir. L'inactivité lui pesait depuis quelques temps. De plus, un travail qui apparemment correspondait avec son hobby, c'était vraiment tentant, excitant, cet appât-là.

En plus, il y avait ce petit arrière-goût de triomphe, d'orgueil qui s'en détachait:

« J'ai encore vraiment une valeur marchande. »

Cela faisait quelques pleines lunes qu'il n'avait plus postulé pour obtenir un nouvel emploi. Choux blanc sur toute la ligne... Jeune, Luc convenait qu'il n'avait pas des dizaines d'années d'expériences, au compteur. En dehors d'un diplôme en journalisme et une connaissance ancienne de graphisme sur ordinateur, ses expériences s'arrêtaient là, sur la place des "grands hommes du monde du travail". Souvent, il fulminait de rage d'avoir raté quelques marches.

Cette fois, il était proposé des voyages. Des voyages, il n'en avait plus réalisés depuis une décennie. Un budget illimité pour ses extras... Tout paraissait tellement enchanteur.

Un délais de trois jours précisés avant de décider de s'embarquer dans l'aventure. Cela permettait, au moins, de se forger une opinion sur quelques risques et de réfléchir jusqu'où aller trop loin. Chercher sur Internet, s'il n'y avait pas anguilles sous roche.

Prudence, donc. Luc n'était pas con.

Où était le piège? Pourquoi investissaient-ils tant d'argent dans sa personne alors qu'il prodiguait le "package" de son savoir, gratuitement? Il devait y avoir un lézard quelque part. Foi de Luc Orsini.

Luc évitait d'y penser trop. Il continua à contribuer à ses forums habituels, tout en cherchant ce qui pouvait avoir pu générer l'engouement d'un investisseur anonyme. La proposition revenait, insidieusement, dans ses pensés et entravait son élan habituel.

Le 3ème jour arriva. La décision devenait de plus en plus stressante.

Que risquait-il ?

Peu de choses à craindre, en fait. Si cela tournait à l'aigre, il pouvait prendre la tangente et sortir de l'impasse comme il avait toujours fait quand cela devenait trop chaud, c'en serait fini. "Game is over".

Dans l'après-midi, il avait pris sa décision. Sa réponse au mail fut « Ok, j'attends plus d'explications ».

Dès que le bip sonore du PC annonça l'arrivée d'un nouveau courrier en provenance de l'adresse, Luc, intrigué, ne put s'empêcher de stopper toute activité.

« Cher Monsieur,

Merci pour votre réponse. Nous sommes une organisation de niveau international. Nous travaillons pour des intérêts en commun avec quelques entreprises privées. Ces entreprises n'apprécient pas toujours la publicité mensongère qui se cache derrière les forums dit "citoyens". Les blogs entachent leur image de marque. La socialisation à outrance, n'est pas non plus, ce que nos clients apprécient. Nous tâchons avec nos clients d'enrayer ces débordements.

Vu vos antécédents sur la Toile, vous correspondez au profil type de l'internaute capable d'enrayer ces envies révolutionnaires. Le travail que nous vous proposons est d'envoyer à vos «nouvelles victimes» quelques fausses informations, inédites, mélangées à de vraies, pour les décréditer et les déstabiliser. Ces informations seront, pour la plupart, transmises par nos propres soins mais, pour le reste, vous garderez carte blanche en respectant la stratégie globale de notre action. La marche à suivre, c'est vous qui en prendrez l'initiative.

Pour marquer notre bonne foi, donnez-nous une adresse postale pour vous faire parvenir une carte de crédit. Vous pourrez, ainsi, puiser une avance sur frais.

N'essayez pas de nous joindre. Le contrat arriverait à son terme dès que vous ou nous ne respecteraient pas le contrat ou que vous seriez découvert dans vos intentions.

Dans ce cas, nous ne nous connaissons plus.

La reconduction de ce contrat, sera tacite, de semaine en semaine. La résiliation de ce contrat serait effective dès le premier désaccord.

La carte de crédit vous sera utile pour tous les faux frais.

Chaque lundi, vous recevrez un mandat de 2000 euros à votre nom.

Cette somme sera revue en fonction de vos réussites.

Si vous n'êtes pas d'accord, contactez-nous, dans la journée, par la même voie. Sinon, le contrat sera considéré comme conclu.

Nous avons déjà une affaire à vous proposer.

Bien à vous. ».

Perplexe, Luc lut, par trois fois, les lignes de ce message.

Ainsi, sans rien faire de bien extraordinaire, le job lui était acquis. Pas vraiment un RMI mais un équivalent par les temps qui courent.

Pas de CV à remplir. Pas de mise de fonds personnelles. Pas d'obligation de se vendre, de baisser son pantalon devant le premier chef venu qui aurait ses fesses vissées sur son siège. Pas de sous-chefs, plus catholiques que le Pape.

Ce job, pour résumer, demandait tout ce dont il avait l'habitude d'apporter gratuitement. Un contrat de «Hoax manager», ferme, cela ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval. Il fallait seulement ne pas avoir un excès d'humanisme, de socialisme ou de compassion. Il pensa répondre en demandant plus d'informations sur le genre de travail. Mais à quoi bon? C'était clair, la droite était à bord.

Ce qu'ils voulaient c'est faire mouche avec un humour féroce dans un gant de velours satiné... un job taillé sur mesure pour Luc. En apparence.

2000 euros, pour commencer, un pactole qu'il ne pouvait refuser quand il gagnait à peine une allocation de chômage minimalisée au vu de son manque d'empressement à travailler dans une domaine qui ne lui botterait pas. 

Le contrat fut conclu, de facto, avec un groupe du type "Anonymous", mais qui pourrait s'appeler, cette fois, "Suomynona", sans apporter plus de précisions sur les objectifs.

Était-ce un pacte avec le Diable et devenir un de ses adeptes? Luc n'avait plus ni les atouts, ni les ressorts pour faire ressortir ses bons sentiments. Quant à son âme, elle avait déjà pris la tangente... 

"Alea jacta est", dirait-on normalement dans cette langue du passé.

"The show must go on", dirait Luc dans un langage plus actuel.

20:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

« Faire mouche avec un humour féroce dans un gant de velours satiné avec un pactole de 2000 euros ». Et pour quoi faire? Pour se promener sur les forums de discussion. Tout cela promet des rebondissements que j'ai bien hâte de découvrir. ;-)

Écrit par : Pierre R. Chantelois | 30/06/2011

Pas de précipitations. Ça vient. :-)

Écrit par : L'enfoiré | 30/06/2011

Les commentaires sont fermés.